mauvaise_nouvelle_le_quai_est_noir_de_monde

Incipit : Mauvaise nouvelle le quai du métro est noir de monde

-----------

Mauvaise nouvelle, le quai du métro est noir de monde !

De cela je m’en souviens. Je vais être en retard…

Mon cœur s’accélère, je déteste la foule. Je joue des coudes, je me faufile, il ne faut pas que je le rate ce métro là ! En face, une affiche attire mon regard… des barres enchevêtrées s’impriment dans ma tête, me font vaciller. Elles sont hypnotiques et augmentent mon malaise. J’ai respiré, essayé de détourner mon regard.

De tout cela je m’en souviens parfaitement.

Et puis, j’ai rejoint John. Nous nous sommes retrouvés dans notre cachette, à l’angle de l’avenue…. Chut j’ai promis de le garder secret cet endroit… on n’a pas le droit de se voir ! Lui mon bel athlète blond… moi la « beurette » comme ils disent… Rencontre miraculeuse de deux êtres au-delà des conventions, du racisme.

J’ai retrouvé ses bras, son sourire, ses lèvres pour ces moments de bonheur au petit matin, avant qu’il ne parte au travail, qu’il ne se fasse absorber par ce monde des affaires…

On partira, il me l’a promis. On ira loin de la grande cité, dans un pays de soleil où l’on pourra s’aimer au grand jour.

La seule chose que je me souvienne encore de ce matin là, c’est que depuis notre cachette, j’ai ouvert les yeux et derrière les barreaux de notre cachette, les buildings reflétaient le soleil dans leurs surfaces vitrées, comme un champ d’étoiles.

Un trou. Juste un immense bruit dans ma tête, une déchirure dans le ciel, une odeur âcre dans ma gorge.

En un instant, plus de sons, le cri est resté pour l’éternité dans ma gorge.

Quand je suis sortie de la nuit, je m’en souviens parfaitement. Le silence était impressionnant. J’étais terrassée sur le sol, mon John était sur moi. J’ai senti son poids, un liquide visqueux, comme des larmes de vie.

J’ai voulu crier. Le cri est resté dans ma gorge. J’ai levé les yeux, l’affiche et ses barres enchevêtrées étaient là… au milieu d’un nuage de poussière.

Je me souviens très bien. J’étais à Manhattan, ce mardi 11 septembre.