14 décembre 2007

Au Grand Café

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Elle officie au Grand Café.

Oui, le mythique… celui où la caissière est bien mignonne avec son chignon roulé

Enfin était mignonne… car depuis elle a bien vieilli la caissière. Le chignon roulé est toujours là, bien arrimé par des épingles… mais la caissière a pris de l’âge…. Et mignonne elle n’est plus ! Mais elle est toujours aussi efficace ! Son œil aiguisé vérifie les commandes, les additions et elle engrange les sous avec assiduité et professionnalisme. Bien sûr beaucoup de cartes bancaires, mais ici beaucoup règlent en espèces non pas sonnantes et trébuchantes mais en billets bien neufs et craquants… et elle a l’œil, pas besoin de détecteurs de faux billets. D’ailleurs, ce n’est pas le genre des clients de la maison !

Le Grand Café n’a pas changé. Son ambiance reste un haut lieu de ce qu’il y a de plus chic, plus rétro, plus classe du tout Paris. Des plafonds somptueux, des lustres étincelants. Des fauteuils agréables, une douce ambiance musicale du piano bar, un peu jazz. Et les serveurs en grande tenue. Que des hommes bien sûr. Pantalons noirs, chemises blanches et grands tabliers. Le cheveu gominé. Obséquieux à l’extrême. Bref l’endroit chic où il fait bon ton de se montrer et en galante compagnie.

Mais revenons à Elle.

Elle, elle a la classe. Un peu Grace Kelly sur les bords – la classe quoi !

Elle arrive sur le coup de 23 heures, toujours habillée avec élégance. Elle s’accoude au comptoir, fière, hautaine, lointaine… et commande une coupe de champagne. Mais ne vous y fiez pas… son regard aiguisé – tout comme celui de la caissière - scrute les clients du soir … jamais les mêmes ! Toujours du renouvellement !

Ah bien sûr il y a l’incontournable provincial en mal de goguette qui a levé – dans quel tréfonds ? – la cocotte qui se pavane et rit à gorge déployée !

Ce gibier là ne l’intéresse pas !

Et puis il y a les grandes tablées, avec les entrepreneurs qui sortent leurs clients. Ils ont le ventre bien rond et le portefeuille bien garni, elle a souvent jeté son dévolu sur eux. Le champagne coule à flots à ces tables-là, prélude d’une nuit d’orgie. Mais le contrat est là sous leurs coudes et ils guettent dans les yeux de leurs victimes le meilleur moment pour les faire signer. Le beau paraphe qui leur apportera plein de blé.

Elle a repéré déjà deux tablées de son regard acéré.

Mais une autre tablée attire son regard ! Et là, victoire c’est le jackpot de la soirée… Un ministre est là entouré de son aura de fans. Journalistes en mal d’écriture, chanteurs en mal de renommée… vils servants. Tout le monde y est !

Elle exulte. Ne les quitte plus des yeux. Son regard se vrille dans les yeux de l’homme politique. Il sourit. Elle sourit. Bientôt tout le fatras de ses admirateurs disparaît à ses yeux. Cette fille est hypnotique. Il ne voit plus qu’elle. Ne veut plus qu’elle. D’un geste de la main, il l’invite à sa table. Elle dénie gentiment mais dans les yeux de la coquine il voit se profiler tant de paradis… Il rit, trop fort. Il boit, trop. Sa cour se trémousse à chacun de ses bons mots ! Mais Elle, elle reste hiératique, inaccessible étoile qu’il a envie de voir briller dans son firmament. Il est prêt à toutes les folies et elle le sait.

Alors, titubant il vient vers Elle tel un conquérant, et Elle qui se prépare à partir lui glisse discrètement sa carte de visite dans la main. Il est transporté, il est Dieu, rien ne lui résiste.

Elle lui susurre à l’oreille « A bientôt… »

Et Elle part, toujours altière, lui laissant, avec sa grande étole dont Elle s’est enroulée, des rêves pleins la tête et une seule envie la revoir bien vite… Il va abréger sa soirée, renvoyer ces imbéciles… De toutes façons ils sont à sa botte.

Elle est rentrée chez Elle. A défait la jolie robe et a posé l’étole. Elle enlève sa perruque et secoue ses petits cheveux bruns courts qui la rendent si juvénile.

Elle ouvre son ordi portable et envoie un mail à son patron, le chef des renseignements des impôts.

Il sera content… depuis qu’ils cherchaient à le coincer celui-là avec la caisse noire de son parti. Ils savent où le trouver… avant la fin de la nuit, c’est certain il viendra sonner à la porte de l’immeuble bourgeois du XVIe arrondissement.

Bonne fin de nuit, monsieur le Ministre, murmure t’elle avant de s’endormir du sommeil du juste.

Posté par ilescook à 11:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Au Grand Café

    Quel plaisir de te relire plus frequemment!!
    Adorable ton histoire du jour!

    Posté par Cristina, 14 décembre 2007 à 12:11 | | Répondre
  • Merci Cristina .. une autre demain !

    Posté par ilescook, 14 décembre 2007 à 18:04 | | Répondre
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