27 janvier 2007
Le changement
Ecrivez un texte où un changement, aussi radical ou minime soit-il, bouleverse totalement une vie.
Elle ferme la porte et se retrouve dans la chaleur dans la rue. Il est presque midi et les rues sont bourdonnantes, animées. Elle marche à petits pas pressés, jette un coup d’œil à son profil dans les vitrines des boutiques. Ouf ! Elle n’en pouvait plus d’être dans cette clinique, avec cette climatisation, avec sa solitude aussi malgré la bienveillance des infirmières et le beau sourire du chirurgien.
Voilà plus de deux semaines qu’elle n’a vu personne d’autre. Normal, elle ne l’a dit à personne son hospitalisation… d’ailleurs elle a oublié – volontairement – son portable chez elle.
Elle passe devant le café, à la terrasse des couples discutent. Des hommes isolés « zieutent » les passantes, à la recherche d’une bonne aventure ?? Un groupe de jeunes rigolent, goguenards.
Elle a failli se tordre les chevilles à savoir le regard des hommes sur ses reins, à entendre les rires adolescents…
Elle baisse les yeux et file vite. Son cœur bat fort, par à coups. Elle savait ce qu’elle risquait en adoptant ces talons hauts (ils font une si jolie jambe !), la jupe un peu courte et bien serrée, et ce petit top qui met si bien sa poitrine en valeur.
« Tout doux, ma belle ». Elle s’arrête devant une boutique branchée et admire toutes les fringues qu’elle va pouvoir s’acheter… la petite robe noire qui mettra en valeur ses cheveux blonds et le doré de sa peau… et cette autre là-bas, froufroutante… ce tissu si léger si chatoyant et au moindre coup de vent…
Elle se sourit devant la boutique. A elle, la belle vie… sa vie qu’elle a tant rêvée, imaginée depuis des mois et des mois, jour après jour, nuit après nuit. Elle l’a désiré, voulu malgré les médire des uns et les pronostics des autres.
Elle est passée du rêve… à la réalité. Elle ne va pas regretter maintenant ? Non, il faut simplement qu’elle s’habitue. Qu’elle ose ! Qu’elle assume ses choix.
Elle entre résolument dans la boutique. Elle prend la petite robe noire et celle froufroutante et se dirige vers les cabines d’essayage. Deux merveilles ! Elle s’admire devant, derrière, virevolte, tourne…
C’est parfait… un peu cher… mais depuis le temps qu’elle en rêvait ! Elle se rhabille et se dirige vers la caisse.
Elle sort sa carte bleue et rosit légèrement…. Pourvu que….
Non tout se passe bien. Elle compose son code. Valide. Prend le sac que lui donne la vendeuse et sort en évitant toute précipitation.
… Elle a le souffle court. Cette prise de risque… elle n’aurait peut-être pas du.
Il lui faut refaire ses papiers, tout changer. Car, aujourd’hui Georges Desplanche s’appelle Gina.
08 février 2006
Traque
Sujet:
La traque
Racontez une histoire, fictive ou réelle, où le personnage principal traque un personnage secondaire. Pour pigmenter le récit, un évènement surprenant devra se produire durant cette traque, qui changera complètement la donne traqueur/traqué.
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La traque.
Léa vient de sortir de l’immeuble. Toute légère, démarche dansante. Les sens en éveil. La tête encore dans son rêve, près de son amant. Elle revit les moments troublants, les baisers passionnés, les caresses suaves, les tendresses, les folies… Elle a fait provision Léa. Provision pour toute une semaine. Ils ne se voient qu’une fois par semaine. Et pendant ces heures-là, Léa profite. A grandes goulées. Comme une affamée. Elle a raison Léa. Elle est jeune, belle, elle est pleine de vie, pleine de désir.. et son quotidien… lui il n’a pas ces couleurs là, ni ces odeurs, ni cette douceur. Non, son quotidien…. Il est triste, il est gris. Elle y retourne sans état d’âme, à petits pas pour profiter encore de sa bulle de bonheur.
Il est déjà tard, le soir tombe et ses yeux s’attardent sur les vitrines qui s’éclairent et qui projettent le reflet de la rue. Elle est fière de l’allure qu’elle a, quand elle regarde son double dans la vitrine éclairée… Mais son œil a capté aussi les passants dans la rue, et elle a repéré un peu derrière elle une silhouette qui lui rappelle quelque chose.
Un frisson la parcourt. Son pas se fait plus lourd, plus mécanique, s’accélère. Elle relève le col de son manteau et sort de son rêve. Vite elle traverse, si vite d’ailleurs que les automobilistes furieux klaxonnent bruyamment.
Elle marche vite et guette dans les vitrines les reflets. La même silhouette est toujours là. A une vingtaine de pas derrière elle. La démarche claudicante, la silhouette épaisse. Elle frémit. Ce doit n’être qu’une impression. Les rêves qui l’habitaient au sortir de l’immeuble se sont complètement dissous dans le brouillard qui commence à tomber et dans le soir lugubre.
La peur lui vient au ventre, viscérale, celle qui remonte à l’enfance, ou même au-delà de l’enfance. Son pas est tellement rapide qu’elle se sent perdre son souffle. Un point de côté lui vrille les côtes. La légère sueur qu’elle sent ruisseler sur elle semble glacée, sa bouche est sèche. La rue se fait déserte de plus en plus. Et elle entend les pas de l’autre, de plus en plus près, de plus en plus présents ! Ils résonnent dans sa tête ces pas là, ils marchent à la même allure que les battements de son cœur et ils s’accélèrent. Que faire ? Crier ? Courir ? Faire face ? Elle ne sait plus quoi faire que fuir. Elle voudrait fermer les yeux, s’évanouir, disparaître… quand soudain ….
- Ah non ! Cela ne va pas du tout cette histoire !
Violaine recule de sa chaise. Relit attentivement ce qu’elle vient de taper, déroule le texte le relit, fait la grimace ! Quelle plaie cette demande de son éditeur ! Ils veulent du sexe et du suspense les lecteurs lui a t’il dit. Et puis un peu de violence, du hard quoi !
Elle a promis de faire des efforts, de correspondre aux desiderata des lecteurs de la revue « Elle et lui » pour qui elle a la chance d’écrire un roman feuilleton hebdomadaire. Et puis c’est vital pour Violaine cette manne qui lui est tombée du ciel. Bien sûr, ce n’est pas que son talent qui lui a fait être retenue, disons qu’elle connaissait d’un peu plus près que les autres celui qui était le décideur, elle le connaissait bien même sous toutes ses coutures, même les plus intimes. Ecrire des histoires de sexe, elle y arrivait à peu près, elle aimait faire l’amour et elle avait les mots qui allaient bien pour dire sans dire, bref, faire monter le désir en restant juste à la limite du non vulgaire, … et cela plaisait bien au lecteur. C’était le reste qui clochait. Car les trucs de violence, les trucs qui faisaient peur… cela ne lui venait pas, mais pas du tout. Et là, aujourd’hui, on lui avait mis un peu l’épée de Damoclès…. D’autres auteurs savaient très bien les écrire ces histoires là. Qu’elle se le tienne pour dit.
D’un geste rageur, elle met son curseur au début du paragraphe « … un frisson la parcourt » et en appuyant sur la touche extension, met en surbrillance jusqu’à la dernière phrase « … quand soudain ». Elle appuie sur la touche suppression et hop le texte part dans la corbeille. Cette histoire de femme poursuivie par un bonhomme claudicant et ventru… il y en a à la pelle de partout de ces histoires là !
Elle se remet à taper sur son clavier… il lui faut une autre histoire.
Un déclic, comme une porte qui s’ouvre dans sa mémoire la met en alerte. Cette silhouette claudicante un peu ventrue… mais c’est bien sûr lui. L’ignoble. Celui qui, lorsqu’elle était petite… Elle l’a reconnue. Bien sûr, il a quoi ? dix ans quinze ans de plus. Elle, il ne pourrait la reconnaître. Elle a tellement changé depuis. Elle n’est plus blonde, n’a plus les cheveux longs, ni ce corps de jeunette. Elle est coiffée à la garçonne, les cheveux tellement roux qu’ils en sont rouges. Elle va lui faire payer. Elle se laisse approcher de l’homme qui marche avec difficulté. Il s’appuie sur une canne, il fait vraiment vieux maintenant. Mais elle sait que c’est lui. Elle le sent au fond de son ventre, au fond de ses tripes, au fond de chaque cellule de son corps. Il est à vomir cet homme. Elle va se venger.
Elle le laisse la doubler. Elle lui emboîte le pas. Bruyamment. Il se retourne, juge la jeune femme, ses piercings, sa jupe courte, tout ce cuir. Il n’est pas fier le pépé. Il n’est pas rassuré. Habilement, elle donne un coup de pied dans sa canne, il est déséquilibré. Le trottoir est désert. Elle va pouvoir le faire aller là où elle veut, pourquoi pas au bord du quai là bas, où coule la Seine. Elle sent comme il a peur, sa respiration s’accélère, - tiens -, il est devenu asthmatique ? Petit à petit elle resserre l’étau sur lui. Il dégouline de peur par tous ses pores, il ne peut s’échapper, elle le tient prisonnier. Comme lui, autrefois, il la tenait prisonnière. Au fond du vestiaire, quand il l’avait violée.
- Que me voulez-vous ? a-t’il fini par demander, des couacs dans sa voix, comme une voix de grenouille.
Elle n’a pas répondu, se contentant de rire méchamment. Le quai est là, elle continue à faire en sorte qu’il se dirige tout au bord, à le faire basculer. Car il va basculer, c’est sûr, surtout quand elle va lui dire froidement : « je suis Léa ».
Elle restera là, longtemps à contempler l’eau qui fait des ronds, dans le soir tombant.
Violaine se lève l’œil hagard. Elle est tellement partie dans cette histoire qu’elle se demande pourquoi son cœur est si serré. Elle sauvegarde, éteint l’ordinateur. Demain, elle portera l’histoire qu’elle a écrite.. on verra bien. Elle s’allonge dans son lit, sort le cahier à spirales du tiroir, le stylo et écrit ses vrais mots à elle. Ils ne sont ni sexe, ni suspense. Non, ce ne sont que des mots, des bulles, des tons suaves, des douceurs océanes où l’on sent l’ivresse de la mer, du ciel, des nuages qui zèbrent l’azur. Des mots de son cœur, de ses rêves, de sa vie. Personne ne les lira ces mots là. Ils sont ses joyaux à elle, passerelles qui lui permettront de franchir la nuit d’un coup d’aile, comme un grand oiseau blanc.
01 février 2006
Le marchand d'espoir
Sujet : Le colporteur
Quelqu'un sonne à la porte; c'est un colporteur, qui vient pour vous vendre quelque chose de totalement inattendu. Ce peut être une chose tout à fait incongrue, rare, ou même du domaine du merveilleux. Racontez cette rencontre, et si vous achetez l'article qu'il vous présente.
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Le marchand d’espoir.
Elle s’est levée ce matin ; désespérée. A quoi bon ? A quoi bon ce soleil qui brille entre les branches ? A quoi bon ces oiseaux qui chantent ? A quoi bon le parfum entêtant du mimosa ?
Il l’a quittée. Il a été tellement vil, mufle, égoïste.
Et elle, elle a été tellement naïve de croire en ses belles paroles, ses cadeaux à trois sous – il n’y a que l’intention qui compte, pas vrai ? -, ses serments éternels…
Voilà, une fois de plus. Elle est au pied du mur. Cette fois-ci, son désespoir est complet. Noir, elle ne voit plus que du noir.
Noir le ciel bleu, noir le soleil, noirs les oiseaux – ce doit être des corbeaux-, noire sa vie, noir son désespoir. Aussi noir que l’était son amour avec son corps d’ébène, ses dents blanches dans son éternel sourire. Envolées ses espérances. « ma toute blanche », « ma toute belle », « ma colombe » ah les doux mots ! Elle a perdu toutes ses couleurs dans son histoire lamentable.
Elle n’a pas perdu que ses couleurs. Elle est en deuil, en deuil de son amour pour cet homme de couleur. Elle a perdu le goût de vivre. Il est reparti dans son pays, la grande Afrique. Il vient d’obtenir son diplôme et retourne là-bas. Il va rejoindre sa femme, ses enfants, et la luxuriance de la végétation, et les animaux sauvages, et la brousse avec les routes pleines de trous… D’accord, ce n’est pas ce qu’il lui a dit quand il lui a annoncé son départ. Mais ses parents à elle ont été triomphants ! « On te l’avait dit, ma p’tite… ces n… il ne fallait pas t’attendre à autre chose ! ». Elle avait claqué la porte pour courir chez elle, et toute la nuit elle a pleuré.
Elle s’allonge. Le tube de barbituriques est près d’elle. Elle veut rester dans la nuit, ne veut plus de la vie. Elle va tout avaler et plus de soucis !
La sonnette de la porte d’entrée retentit, insiste, lancinante.
Et si elle ne répondait pas…
La sonnette insiste toujours. De l’autre côté de la porte, l’importun semble penser qu’il y a quelqu’un à l’intérieur et ne se décourage pas.
Elle se lève, referme maladroitement sa robe de chambre et ouvre sa porte..
- Bonjour ! j’suis le marchand de bonheur !
- ???
- Laissez moi entrer, on ne claque pas la porte au nez du bonheur ma p’tite dame !
Du fond de son désespoir, elle regarde ahurie, le colporteur à sa porte. Il est habillé en clown, le visage tout bariolé de couleurs. Autour du cou, suspendue par une courroie fleurie, il porte une corbeille remplie de produits de maquillage. Il y en a de toutes sortes, du bleu, du rose, du mauve. Des verts de prairie, des émeraudes. Des fushias éclatants, des ors étincelants, des prunes profonds.. et même des jaunes bouton d’or !
- Quel visage triste ! laissez faire le magicien…
Il est entré dans la petite chambre, d’un geste a balayé sur la table les barbituriques, posé sa mallette. Il l’invite à s’allonger, à fermer les yeux…
Et elle se laisse faire, confiante. Elle sent les pinceaux doux effleurer ses yeux, la poudre se déposer sur son visage, elle sent le crayon redessiner ses lèvres…

Quel plaisir de se laisser chouchouter… elle se sent renaître à la vie. Un sourire vient éclore sur sa bouche. Au travers de ses paupières baissées, elle sent le bleu du ciel, elle entend les petits oiseaux et leurs chants légers, elle sent son cœur s’apaiser, la chaleur revient peu à peu dans son corps, un appel miraculeux à la vie.
Elle ouvre les yeux. Il la regarde et lui tend un miroir.
Elle voit l’arc-en-ciel qu’il a dessiné sur son visage. Le soleil qui brille au milieu de ses larmes et qui éclate en mille touches de couleur…
- Voulez-vous un café ? lui dit-elle.
25 janvier 2006
Il n'est pas revenu...
Il n'est pas revenu...
Il n’est pas revenu… cela fait trois nuits qu’elle l’attend, attentive au moindre bruit, au moindre cri, au moindre souffle, au moindre pas.
Elle vient de passer cette nuit encore à l’attendre. Dehors, emmitouflée dans son plaid polaire, un bonnet sur la tête. Il fait si froid… mais l’attente brûle dans ses veines. Elle ne sent pas le froid qui l’engourdit.
Elle voit le soleil ou plutôt la promesse de soleil se lever là-bas à l’est derrière la montagne. Le ciel semble rosir, fleurir, s’épanouir.
Il n’est pas revenu…
Elle se résigne à rentrer dans le refuge où elle est depuis près d’une semaine. De ces doigts gourds, malgré les gants et les moufles, elle craque maladroitement une allumette. Le gaz s’enflamme. Elle pose la vieille casserole emplie d’eau et s’abandonne à sa rêverie. Elle est complètement engourdie, son corps, sa tête, ses idées. Déjà, les picotements au bout de ses pieds et de ces doigts la lancinent, horribles martèlements où elle sent battre son cœur au bout des doigts.
Elle a ajouté le café soluble, et assise devant la fenêtre, elle observe encore dehors, la grange, la montagne devant elle, les stalactites, épées tranchantes qui tomberont au moindre rayonnement de soleil…
Il n’est pas revenu… à petites gorgées elle boit le café qui brûle sa gorge, sa poitrine.. Elle rêve, elle se souvient.
C’était il y a cinq, six jours ? Elle ne sait plus bien. Depuis qu’elle s’est retirée dans ce lieu non fréquenté à cette époque de l’année, elle a un peu perdu contact avec la réalité. Non, elle n’est pas dans le virtuel. Elle est dans la réalité, mais autre. Elle a quitté la vallée, les mensonges des hommes, la solitude. Ne plus entendre les quolibets. Les critiques. Les railleries. Ne plus sentir brûlant le regard de ces hommes et de ces femmes qui veulent percer son mystère. Et la rejettent. L’étrangère. L’étrangère au pays. La « dérangeante ». Celle qui n’a pas le même accent. Le même passé. Bien sûr, personne ne la cherchera. Ils ont du la penser repartie vers la ville. Elle n’aurait jamais du la quitter la ville. Elle n’est pas de chez eux. "Bon voyage l’étrangère", voilà ce qu’ils ont du penser, enfin ceux qui sont le moins mauvais.
Sa tasse est vide, elle l’emplit à nouveau, elle a tant besoin de chaleur….
Le miracle, l’impossible est arrivé. Il y a cinq, six nuits ? Elle ne sait plus. Elle était allongée dans la grange, dans les restes de paille d’où elle avait une vue imprenable sur le ciel, les étoiles , la lune qui coiffait irrévérencieusement la pointe de la montagne là-haut !
Et puis soudain, entre le ciel et elle, cette silhouette… avait-elle eu peur ? Non, qu’allez-vous croire. En fait elle avait été subjuguée. Elle avait croisé le regard mordoré, autre champ d’étoiles et ils étaient tous les deux tombés sous le charme.
Dans leurs regards, ils ont tout échangé. Elle lui a dit la cruauté des hommes, il lui a dessiné l’ivresse de la solitude, de la montagne de la nuit. Elle lui a dit ses faiblesses, ses échecs, ses espoirs, ses désespoirs, ses attentes. Il lui a fait sentir la chaleur, le souffle qui te réchauffe, le bonheur de courir dans les prés, le toucher. Ah la douceur du toucher, la chaleur du toucher… Pelotonnés l’un contre l’autre, partageant les mêmes rêves, les mêmes attentes, les mêmes désespoirs, ils se sont réchauffés. Et chaque matin, elle se retrouvait seule… mais il venait le soir à leur rendez-vous lunaire.
Et peu à peu, elle s’était accrochée à la vie, à l’espoir. Ces joues rosissaient et le regard rêveur, un sourire fleurissait ses lèvres quand elle pensait à leurs retrouvailles du soir..
Il n’est pas revenu… Plus de café dans le bol, et ses yeux qui la piquent… Les réserves du refuge s’épuisent de jour en jour.. qu’importe ? Elle a partagé avec lui la nourriture même celle qu’a priori il n’avait pas l’air d’aimer. Elle fouille vaguement, à la recherche d’une boîte oubliée, d’un paquet de biscottes…
Elle découvre une petite radio, et machinalement elle tourne le bouton. Un grésillement… Une voix retentit dans la pièce silencieuse.
Dépêche de notre envoyé des Hautes-Pyrénées.
La chasse au loup qui s’est terminé comme vous le savez par la mort de l’ennemi de nos bergers près de Chamfort-le-Vieux il y a maintenant trois nuits a été récompensée. Le héros de cette chasse a été récompensé par le maire du village ce matin…
Elle a jeté la radio avec horreur…
Il n’est pas revenu… il ne reviendra plus. Elle revoit ses yeux mordorés, croit sentir l’odeur chaude qu’il dégageait, a envie de passer la main dans ce poil… Son ami. Son seul ami, le loup. Celui qui lui avait fait partager les merveilles du monde, avait transmis les secrets de sa race, les secrets qui remontent si loin dans le temps….
Elle sort dehors. Les larmes qui coulent gèlent directement sur ces joues. Elle ne les sent pas. Elle tourne résolument le dos à la vallée, là où vivent les humains. Elle part vers la lumière, cette montagne qui recèle les grands secrets de l’humanité.
L’homme n’est pas un loup que pour l’homme.
13 décembre 2005
Tante Charlotte
Sujet:
Le dévouement
Ecrivez un texte qui mettra en valeur le dévouement d'une personne (à une autre personne, à une cause x ou y, etc.)et expliquer pourquoi cette personne est récompensée de son dévouement ou pas.
___________
Tante Charlotte.
Du fond de ma mémoire, elle est ressortie, petite bonne femme trottinante, toujours pressée, toujours active, un peu sèche, pas trop «bisous» ni calins… petite fourmi de mes années d’enfance.
Elle fait partie de ces familiers qui ont partagé tous les jours de votre enfance, sans statut, sans histoire. Toujours présente.
Une demoiselle. Elle ne s’est jamais mariée… et pourtant … j’ai souvenir de photos de l’ancien temps où elle était à côté de ses sœurs, … sacrée belle femme !
Sa vie a été pour moi un mystère. Elle avait son rôle dans notre famille, on la voyait tous les jours. Elle venait en début d’après-midi… son coup de sonnette était vigoureux, reconnaissable entre tous.
Mon père avait son cabinet d’assurances dans notre appartement et pour se différencier des éventuels clients qui auraient pu sonner, le coup de sonnette familial était trois coups qui se suivaient… sinon, quand le coup était unique et solitaire, on fermait vite les portes du couloir, la cuisine, les chambres, la salle à manger et mon père allait ouvrir au « Client ».
Quand elle arrivait, elle ne prenait jamais de café… Elle nous embrassait rapidement, deux baisers lèvres sèches rentrées, bises bruyantes puis elle se mettait au travail : le repassage ! Il faut dire que nous étions nombreux dans la famille : quatre filles, les parents, les grands-parents…
Le repassage c’était sa mission. Elle s’y attaquait avec toute ses forces, descendait les piles et surveillait ce que nous portions… Elle n’aimait pas que l’on porte trop rapidement un vêtement qu’elle venait de repasser….
Son travail terminé, le même rituel se faisait, distribution de baisers secs et elle continuait sa ronde de bonnes œuvres… chez sa sœur qui habitait juste en face… où elle aidait à préparer la soupe.
Elle vivait chez son employeur une vieille dame dont elle était la dame de compagnie. Quand cette dame disparut, son fils l’autorisat à rester dans cet appartement pour l’entretenir. Elle briquait tout, tous les jours. Quand la vieille dame fût dans sa dernière demeure, une espèce de chapelle dans le cimetière, elle y allait tous les jours nettoyer, et puis elle en profitait pour veiller à toutes les pierres tombales familiales.
Jamais elle ne nous emmena chez elle, enfin dans l’appartement où elle vivait. Petit à petit, elle se rajoutait des tâches, des personnes qui avaient besoin d’elles et auxquelles elle devenait fidèle, régulière comme un métronome, trottinant, efficace, effacée.
Elle ne partageait jamais aucun repas avec nous, seulement les repas de fête, Noël, Jour de l’an, les communions, la Fête des mères où nous lui offrions un bouquet de fleur à la place d’enfants qu’elle n’a jamais eu.
Il n’y avait qu’une occasion, où je la trouvais différente, où je la trouvais «vivante». Quand sa patronne était en vie, dès début du mois de janvier elle partait avec elle, à Juan les Pins où la vieille dame avait un appartement. Et quand elle revenait, un mois ou deux mois après, ma tante Charlotte était transformée, rayonnante. Les joues hâlées. Elle ramenait des bouquets de mimosa et racontait intarissable, la mer, les fleurs, le soleil… Et moi petite fille, je regardais émerveillée l’éclosion des petites boules d’or, j’humais avec délice le parfum capiteux et je rêvais à ce Midi fabuleux qui faisait naître des étoiles dans les yeux de cette tante si raisonnable !
Un jour, elle est partie à son tour… Le dernier voyage. J’habitais déjà la Provence et ne fus pas là pour l’accompagner lors de ses derniers pas. Quand je revins sur sa tombe, quelques mois après je remarquais l’inscription « Constance J. »… et j’appris que ma tante Charlotte s’appelait Constance… Son père avait rêvé à sa naissance d’un garçon… elle fût la septième et dernière fille. Elle fut baptisée Constance en hommage à un Constant qui venait de mourir à la guerre. Et puis pour ne pas faire de peine à la veuve, son père l’appela « Charlotte »…
Des Charlotte comme elle, je pense qu’il y a du en avoir beaucoup… effacées, toujours à rendre service, sans vie, sans nom… Elles font partie du paysage… Sans doute en avez-vous connu ?
Qui a séché leurs pleurs, alimenté leur rêve, donné vie un instant ? Je me plais à penser, que quelque part dans le midi, près de Juan les Pins, ses vacances hivernales lui apportaient les attentions et les émois d’un amoureux … quelqu’un qui savait mettre des étoiles dans ses yeux et un brin de mimosa à son corsage ?
10 décembre 2005
La maison d'en face
Derrière la porte
Il y a quelque chose derrière cette porte. Pendant longtemps vous avez pensé l'ouvrir, sans oser y aller. Pourtant aujourd'hui, vous allez découvrir ce qui se cache derrière.
Racontez l'histoire (réelle ou fictive) de l'ouverture de cette porte, ce que le personnage trouve derrière, sans oublier de donner un contexte à l'histoire (pouquoi le personnage n'osait pas l'ouvrir).
La maison est là juste en face de chez elle. La porte bleue un peu délavée, il y a trois marches, un bout de glycine qui illumine la façade et embaume les matins de printemps.
Tout est toujours femé. Les volets. Les fenêtres. Jamais de lumière.
Elle regarde la maison d’en face et elle rêve.
Bien sûr, elle a déjà repéré le mystère qui plane. Son père qui jamais ne regarde cette maison, son frère qui détourne la tête lui aussi. Et ses grand’parents. Hermétiques. Droite comme un I sa grand’mère, quand elle lui a demandé :
- Dis Mémé, pourquoi la maison en face elle est toujours fermée ?
Elle l’a bousculée sa grand’mère. Elle a bougonné dans sa moustache. Elle est un peu poilue sa grand’mère et quand elle l’embrasse… ca pique !
Elle a dix ans, et elle se pose plein de question la petite Armande. Des questions sur cette maison, qu’elle trouve si jolie, si douce avec le bleuté de la porte, la glycine… Des questions sur sa maman aussi. Jamais on n’en parle de sa maman. Ce sont ses grands parents qui l’élèvent, avec son frère. Le père lui, il travaille à l’usine à la ville. Il est pas commode son père. Pas drôle. Il n’aime pas la plaisanterie, ni les chansons, ni les fleurs, ni la couleur bleue.
La porte de leur maison à eux, elle est marron. Bien foncée. Et puis, pas de fleurs à la fenêtre. Non ! Tout est propre, bien carré, bien lavé. Tiré à quatre épingles… et elle, elle rêve de douceurs, de musique, de danse… toujours le nez au vent… toujours la tête en l’air, au ciel, là-bas dans les étoiles. Et toujours les oreilles qui traînent…
Et ce soir, justement, du fond de son lit, elle entend les adultes en bas qui se disputent….
La grosse voix de son père
- je ne veux plus que vous alliez dans cette maison, entretenir son souvenir ! On va vendre. Et puis on va partir d’ici. Tout liquider !
La voix de la grand’mère proteste
- Non je n’vous donnerai pas la clef. Déjà qu’elle est morte, ma Marielle… Mon Dieu, quelle honte…
Les portes claquent. Le père sort. Sans doute va t-il encore se saouler au bistrot, à grands coups de canon dans les interminables parties de belote avec les copains.
La porte a de nouveau claqué. Elle se lève et entre les lattes des volets, elle regarde dehors…
Elle voit la grand’mère qui traverse la rue, qui entre dans la maison à la porte bleue.. referme la porte. La lumière s’allume… et elle a beau attendre, elle finit par s’endormir là, au pied de la fenêtre où elle faisait le guet.
Le lendemain matin, durant le petit déjeuner, elle observe et se tait. Le visage fermé de la grand’mère, le père bougon, le grand père qui hoche la tête et qui marmonne. Elle est attentive à tout… Où se cache cette clef qui permettrait d’entrer enfin dans la maison d’en face ? Percer ce mystère… Finalement, deux jours plus tard, après avoir vainement cherché, en tâtant les poches du manteau de la grand mère, elle découvre les clefs ! Elle les cache dans sa chambre et établit son plan.
Le dimanche, à l’heure où tous ensemble ils vont à la messe dominicale, habillés de propre, elle feint un mal de ventre…et insiste en disant qu’elle va les rejoindre bien vite.
L’église n’est pas loin, et après hésitation, la petite famille se met en branle lui recommandant de faire vite et de bien fermer la porte à clef.
Vite, dès qu’ils sont partis elle se dépêche de prendre la clef de la porte bleue…. Elle traverse la rue en prenant soin de vérifier que personne ne peut la voir. Elle met la clef sans hésiter, tourne, ouvre la porte et ferme vite. Son cœur bat très fort. Le vitrage sur la porte permet un minimum de luminosité pour voir l’intérieur…
Ca sent le renfermé, mais c’est si chaleureux… un divan, des coussins, un piano dans un coin. Des tableaux partout. Des pinceaux, des tubes, des chiffons. Un chevalet. Elle s’approche. La toile sur le chevalet semble en cours de confection… c’est une toute petite fille, toute blonde et bouclée.. les traits lui en sont vaguement familiers. Elle a un sourire si doux cette petite fille.
Les autres tableaux représentent des fleurs, des paysages bucoliques, champêtres, gais, colorés. Comme si il y avait des milliers de soleil dans cette maison. Elle va de découverte en découverte…. Tiens, un monsieur sur ce portrait ! Comme il sourit ! Comme il et beau et jeune.. et gai ! Elle oublie le temps. Saisit un livre qui traîne, caresse un châle si doux qu’elle a envie de mettre le nez dedans… Et puis, là, sur le piano… il y a une photo ! Une dame si douce si belle, si gaie… ses traits lui sont aussi vaguement familiers…
- qu’est ce que tu fais là ?
La porte s’est ouverte d’un seul coup. Sa grand’mère est là rouge, en colère. Vlan ! La gifle est tombée. Cuisante, lourde.
Sa grand’mère l’attrape par le bras, elles sortent toutes les deux ; elle ferme la porte à clef et traverse avec la petite, vite fait.
- Va te coucher ! Tu es punie. Et encore, estimes toi heureuse que je garde cela pour nous deux ! Ton père, s’il savait … il te chaufferait les oreilles..
- Mais, Mémé, à qui elle est cette maison ?
- Tais toi, insolente ! Et n’en parle plus jamais ! Et maintenant, file, ou sinon…
… elle monte vite se coucher la petite. Et elle sent quelque chose craquer dans son intérieur, dans son ventre, dans son cœur, dans sa tête ?
Le soir, avant d’aller se coucher la grand’mère s’adresse à son gendre.
- On va vendre la maison. Demain j’irai chez le notaire.
Lui, la bouffarde entre les dents serrées réplique
- Vous v’là bien raisonnable ! Il est tant d’quitter ce pays.
Il sort trois petits verres, la gnaule. Et il trinque avec ses beaux parents à l’avenir. A l’oubli de ce passé qui leur pèse.
Là-haut, la petite s’est endormie. Ses rêves sont peuplés de notes de musique, d’aquarelles et une jolie dame la serre dans ses bras et l’enveloppe dans son châle si doux…
- Maman, murmure-t’elle dans son sommeil.
30 novembre 2005
Message in a bottle
Message in a bottle
Une personne lance une bouteille à l'eau, avec à l'intérieur un message. Une personne complètement inconnue de lui/elle la retrouve et lit le message.
Vous pouvez:
* soit décrire ce qui pousse la première personne à vouloir lancer un message à l'eau dans une bouteille.
* soit écrire la lettre que cette personne envoie.
* soit décrire le périple de la bouteille jusqu'à ce qu'elle soit trouvée.
* soit raconter la réaction de la personne qui trouve le message.
* soit la totalité de l'aventure!
La Chambre d’Amour.
Elle est là. Allongée sur le sable.
Sur une plage près de Biarritz. A Anglet plus précisément.
Elle est seule. Depuis tant d’années. Entre ses bras croisés, son dos brûlant offert aux rayons du soleil qui lui chauffe les reins. Elle rêve.
Entre ses bras, elle voit une petite portion de plage qui vit. Comme une image de cinéma, elle zoome.
Un couple. Beau. Heureux. Lui a une belle stature, une force qui ressort de son corps, de ses bras, des muscles de ses jambes. Il semble plus âgé qu’elle. Elle, la femme parfaite. Ni trop, ni pas assez. Non, parfaite je vous dis. D ‘ailleurs, il l’aime. Ca se voit comme le nez au milieu de la figure. Leurs échanges. Leur complicité. Ils ont deux enfants, deux petites filles sages qui jouent calmement et qui ont tout le sourire de leur mère.
Vous n’allez pas me croire. A MOU REU SE. Oui, elle est tombée amoureuse. Amoureuse de ce mec. Qui ne la regarde pas… quoique Amoureuse de ce regard bleu, qu’elle a croisé une fois et qui l’a … chavirée. Retournée. Elle est folle ? Non, elle est amoureuse. Vous croyez qu’il faut des raisons pour tomber amoureux ? Non certes pas. C’est magique. Elle aurait préféré tomber amoureuse d’un de ces types qui joue dans les vagues.
Non, c’est celui-là dont elle est amoureuse. Et celui-là il ne joue pas avec les vagues. Non, il reste inactif… enfin il lit, il écrit, il pense… ses yeux fixés sur la ligne là-bas où la mer et le ciel s’épousent en noces éternelles.
Et elle, elle rêve. Comment l’attirer ? montrer sa présence ? autrement qu’en bougeant son corps devant lui… Elle a vu faire les autres filles.. Ouais, il regarde. L’œil amusé, il évalue.. mais retourne à sa lecture. Il ne jette qu’un œil connaisseur, de mâle habitué à séduire et à être séduit, mais là, avec sa petite famille présente… il semble loin de se laisser aller à toute approche de séduction. Elle l’a même vu en plaisanter avec sa femme !
Elle rêve, s’endort à moitié et soudain la solution est là, claire, lumineuse. Elle va le toucher, l ‘émouvoir par son côté poète, car il doit être poète à écrire comme ca…
Elle se lève vite et rejoint la petite chambre où elle est en villégiature…
Elle prend une bouteille.. un papier, un stylo et les yeux dans son rêve, elle laisse aller… écrire les mots du cœur. Ils coulent, comme un flot ininterrompu…
« Cher amour, je t‘ai reconnu ,
j’ai tremblé à tes pas…
tes empreintes laissées dans le sable
je viens les épouser quand tu es parti
les gouttes de sel sur ma peau
traces de mes larmes… »
Le lendemain, elle joue du ressac de la mer pour que la marée amène à lui cette bouteille. Elle l’observe de loin. Elle sait qu’Il aime cet endroit de la plage, tout au bout, vers la grotte de la Chambre d’Amour. Celle où la légende a voulu la mort dans les flots de Laorens et Saubade, et les a marié pour l’éternité. Il y vient tous les jours, et on sent comme son âme part à la recherche de cette légende.
Il a vu la bouteille. L’a ramassée, ouverte. Elle le voit qui lit le message, met le papier dans la poche de son short, laisse la bouteille… et revient lentement.
Toute la journée, elle l’observe. Il semble parti ailleurs. Moins prolixe que d’habitude avec sa compagne. A même un geste d’énervement envers ses filles. Elle a touché son but. Elle l’a intriguée.
De jour en jour, toute la semaine, la même bouteille sert de boite à lettres aux messages de plus en plus enflammés qu’elle lui écrit. Il pourrait répondre. Lui laisser dans la bouteille aussi des messages qui seraient correspondances, tendres secrets… Il n’en fait rien. Mais elle sent le matin quand il arrive sur la plage comme il a hâte d’aller lire le message du jour… comme il se précipite, devient taciturne… plongé dans ses lectures et ses écrits.
Août est un mois qui tue. Il tue les amours naissantes, celles qui se dilueront dans la fadeur du quotidien. Chacun reprend sa route, son chemin… Pour elle, c’est pire. Elle n’aura même pas le goût d’un baiser à emmener dans la grisaille de son hiver. Même pas une caresse à se remémorer sur son corps. Elle ne gardera de lui rien d’autre que la vision de l’empressement qu’il aura eu à lire les messages quotidiens de la bouteille…
Elle sait que le temps lui est compté. Que bientôt il ne restera rien. Non, même pas rien. Il lui restera le néant, le vide absolu, le désert que son départ va entraîner. Elle veut absolument le rencontrer, ne serait-ce qu’une heure, une nuit, juste de quoi se bâtir quelques souvenirs…
Son message de ce matin dans la bouteille était un message de rendez-vous. Rendez-vous dans la grotte de la Chambre d’Amour.
« Rejoins-moi, s’il te plait,
mon amour, une fois,
une seule, que je te délivre
le grand secret…
toi que j’ai reconnu… »
La nuit tombe. Elle est entrée dans la grotte. La nuit est belle, la lune immense se reflète dans la mer en ombre dansante. Le ciel a allumé toutes ses étoiles, les unes après les autres. Elle attend, elle rêve, il viendra, elle le sait. Elle attend, elle attend. Sa certitude fond avec le froid qu’elle ressent. Elle qui comptait sur ses bras pour la réchauffer… Elle claque des dents. Misérable. Déçue. Désespérée. La marée monte doucement. Il lui faut partir. Reconnaître. Reconnaître qu’elle s’est trompée. Qu’elle est seule à aimer. Seule à l’aimer. Ses larmes coulent maintenant telles un torrent, son cœur n’en peut plus d’être serré. Sa tête est vide. Ou plutôt non. Sa tête est remplie d’amour, d’étreintes impossibles. De bras absents. De sourires invisibles.
Et puis soudain, comme venu de la mer. Elle le voit, silhouette qui semble immobile et qui pourtant s’avance vers elle doucement. Son cœur tressaille, sa respiration lui manque, il est venu ! Elle l’attendait et il est venu ! Elle se lève vivement et court dans l’eau lançant avec ses jambes mille gerbes d’eau qui captent la lumière de la lune en un somptueux feu d’artifice…
Il est là, elle le rejoint…
« Laorens, mon amour… »
17 novembre 2005
La tentation de l'interdit
sujet : la tentation de l'interdit
On vous a expressément interdit de faire quelque chose. Et pourtant, tout votre être se révolte à l'idée de ne pas le faire. Ecrivez un texte de la forme que vous voulez sur cette idée. Le texte doit commencer par la phrase suivante: "Elle me regardait de toute sa hauteur et m'assénait ses vérités une par une".
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Elle me regardait de toute sa hauteur et m'assénait ses vérités une par une.
Non, je reprends : elle me regarde de toute sa hauteur et m’assène ses vérités une à une. Car, je viens de retrouver ce chemin dans ma mémoire. Cette après-midi là. La chaleur. Les odeurs. Moi j’ai neuf ans, je crois. Les pieds dans la bassine où l’eau est trop chaude, je regarde ma cheville qui gonfle.
Elle répète la même litanie, celle que je connais trop bien… que je ne suis pas sage, que j’ai toujours des idées de désobéissance, que c’est pour les garçons ces jeux là, qu’elle a bien assez de souci sans cela…
Elle ne me demande pas si j’ai mal, elle ne me rassure pas. Ne me caresse pas, ni ne me fait de bises. Non, ce sont des gestes brusques, elle m’a flanquée sur ce tabouret, et a apporté la bassine d’eau avec le gros sel. Et comme je veux retirer mon pied de cette eau trop chaude, elle me maintient fermement la jambe, persuadée sans doute que les bienfaits de l’eau chaude résorberont ce début d’entorse, et assoupliront mon caractère.
En début d’après-midi, mes cousins sont passés.
- On va à la carrière, vous venez les filles ?
La carrière ! mais j’en rêve de cette carrière ! que peut bien représenter ce lieu si mythique pour moi ? un eldorado ! c’est un endroit interdit ! mais alors, pourquoi mes cousins ils y vont eux ?
Moi, je ne suis jamais allée dans une carrière, je n’en ai jamais vu de carrière et parce que je suis une fille… c’est trop injuste ! Le monde est si grand et on ne me fait connaître que des miettes.. Cette carrière, est-ce le jardin d’Eden ? Celui dont on nous a parlé au catéchisme.. avec cet arbre, ce serpent, cette pomme… Ne dit-on pas que c’est l’arbre de la connaissance ?
Ma sœur aînée hésite, elle n’aime pas sortir des sentiers battus. Nos parents ne sont pas là. La voie est libre.
- reste si tu veux, moi j’y vais ! Tu n’es qu’une trouillarde !
Elle se sent responsable de moi, dans son rôle d’aînesse…
- on y va, mais juste cinq minutes
Telle une envolée de moineaux, avec les cousins, nous partons vers la carrière !

Quel ravissement…. Après voir franchi allègrement la barrière interdisant l’entrée, passé quelques genêts… nous arrivons dans une grande clairière donnant sur un gouffre… Certaines pentes sont abruptes, d’autres plus douces et tout au fond c’est une mer de sable.
J ‘ai neuf ans et je ne connais pas encore la mer, les plages immenses où l’on peut balader à perte de vue… et cette odeur, cette odeur de juillet qui chauffe le sable. Je suis émerveillée : cet endroit me fait penser au grand désert de mes livres de géographie, ceux qui sentent le voyage et où mon âme s’envole ! Je suis aux anges.
Je m’approche du vide, hypnotisée. D’accord, ce n’est pas le grand vide. Mais du haut de mes neufs ans cela ressemble bien au Mont-Blanc, comme si j’étais au sommet.
Là où mes cousins ont élu leur terrains de jeu, les pentes sont douces et la hauteur pas très importante. Ils sautent à tour de rôle à grands cris, finissent en roulade, se lancent du sable.
- Allez les filles ! Venez sauter !
Ma sœur ainée, du haut de sa dignité, refuse net. Elle me tient fermement la main. Je suis sûre qu’elle regrette amèrement d’avoir cédé et d’être venue ici.
Et moi, j’ai déjà les ailes de la liberté qui me poussent dans le dos, l’appât du défi, de la découverte, et puis aussi de faire aussi bien, non mieux ! que les garçons…
Sans hésiter, je m’élance, saute, trébuche, dévale… et me retrouve au bout de la pente, avec une cheville qui s’est coincée sous moi.
Je frotte, cela ne passe pas, déjà je pleure.
Confusion dans les rangs. La punition est tombée. Est-ce le ciel qui a frappé ? mais… c’était juste pour nous amuser…
Nous rentrons, l’air penaud. Mes cousins me font la chaise à porteur. Je n’arrive pas à mettre le pied par terre. La douleur m’élance.
Nous arrivons. Les parents sont là. Ils commençaient à nous chercher.
On n’a pas la peine de leur donner des explications.
La poussière blanche sur nos vêtements montrent clairement d’où nous venons. La vue de ma cheville gonflée laisse deviner le reste.
Ma sœur file dans la chambre, elle doit préparer sa défense devant le tribunal familial. Mes cousins aussi ont déguerpi, sans demander leur reste.
Et moi, je suis là, sur le tabouret, avec cette eau trop chaude qui me brûle, à me dire qu’elle va refroidir.. et à comprendre que la surveillance sera accrue, et que je mettrais du temps à retrouver ce bonheur de toucher ce sable…
Bien des années plus tard, cette cheville gauche se réveille de temps à autre. Un kiné m’a dit une fois, « ce n’est rien, sans doute une entorse mal soignée ». Je sais maintenant que c’est le rappel de l’interdit…
Je ne vais plus non plus dans les carrières de sable, mais je suis attirée par les dunes, leurs pentes douces, et en fermant les yeux je sens encore l’odeur de ce sable brûlant aux senteurs de juillet. J’ai appris depuis que cela, c’est simplement le plaisir.
09 novembre 2005
Les retrouvailles
Sujet :Les retrouvailles
Vous retrouvez par hasard une personne que vous avez connu pendant votre petite enfance. Cela peut-être quelqu'un que vous avez beaucoup aimé et à qui vous pensez encore avec tendresse, ou quelqu'un que vous détestiez et à qui vous pensez avec peur/colère/etc. Ou bien même quelqu'un qui vous était indifférent.
Racontez les retrouvailles et ce qui s'ensuit, que ce soit au beau milieu de la rue, devant un verre ou sur Internet par mails interposés.
Les retrouvailles
Elle est là à écouter sa mère. Litanie monotone et hurlante. Entendue. Tant de fois.
Elle prend l’air compassée, pas arrogant. Non compassée. Repentante. Comme il lui ont appris chez les sœurs. Humble. Avoir l’humilité. Reconnaître ses fautes.
- Mais quelle faute j’ai commise ?
Non ne croyez pas que c’est une phrase qu’elle dit. Elle ne fait que la penser. Comment oserait elle la dire ?
Les faits. Pourquoi hurle t'elle sa mère ce soir-là ?
Elle est allée avec l’école au cinéma. Ce nouveau grand cinémascope qui vient de sortir au cinéma l’Empire à Paris.
Voilà une semaine qu’elle avait donné le papier à ses parents. Qui l’avaient regardé. Mais qui n’avaient pas dit « non ». Ca elle en est sûre. Bien sûr, ils n’avaient pas dit oui, en tout cas ils ne lui avaient pas donné le papier avec l’accord.
Alors en rentrant de l’école, comme ils n’étaient pas là, elle avait demandé à sa grand’mère de le signer ce papier, que oui, papa et maman ils voulaient bien. Mais qu’ils avaient oublié de signer.
Et elle était partie le cœur joyeux… elle n’avait pas été déçue ! Sans télévision chez ses parents, elle avait découvert le monde merveilleux des images en super grand écran. L’œil n’arrivait pas à capter l’ensemble de l’écran tellement il était grand ! C’était un documentaire sur l’Amérique… les grands canyons, les métros à grande vitesse dans des boucles vertigineuses. Oui, le monde existe. Elle ne l’avait pas imaginé si grand.

Et puis au retour, son père l’attend. A l’école, où les autres parents attendent leurs progénitures qui reviennent les yeux émerveillés de leurs découvertes.
Son visage est fermé. Ils rentrent à la maison, silencieux.
- Tu as vu ce que tu as fait à ta mère ? Tu veux la faire mourir ? Tu as menti. Truqué la signature. On ne savait pas où tu étais.
Sa mère est là, pâmée, le visage rouge de colère. La grand mère se tait. Elle ne dira pas que c’est elle qui a signé. Que ce n’est pas si grave quand même.
Et la litanie est longue… Sa mère dans la colère qui s’exprime retrouve de l’énergie pour remarteler les mêmes choses…
- Avec tout ce qu’on a fait pour toi ! Avec la croix que nous portons avec ta petite sœur handicapée ! Mais qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu pour avoir une fille pareille. Sans cœur. Dévergondée. Menteuse.…
Elle écoute, tête baissée, sans pleurer. Elle ne parle pas. Elle ne peut pas parler. Ou alors ce serait un flot de larmes qui embrouillerait ses mots. Elle ne s’explique pas, n’essaie pas de trouver des excuses.
Ca dure longtemps. Elle ferme ses oreilles à ses paroles qui se répètent… répètent… Ne pas pleurer, ne pas pleurer…
- Embrasse ta mère, demande lui pardon et va te coucher ! Nous te dirons ta punition demain.
Elle s’exécute. La joue de sa mère est dure. Elle ne lui renvoie pas de baiser. Elle embrasse son père aussi. Et rejoint vite son lit. Sous son oreiller, elle peut enfin laisser couler ses pleurs chauds, brûlants. Mais silencieux pour ne pas réveiller ses sœurs qui dorment dans la même chambre.
Le lendemain, la sentence tombe. En accord avec les religieuses de l’école, elle sera en pénitence. Seule dans une pièce. Montrée du doigt. Personne n’a le droit de lui adresser la parole, durant ces deux jours. Elle est mise au pain sec et à l’eau. Et elle doit recopier des textes. Elle les recopie en s’appliquant à bien écrire sans rature ni tache, mais sans les lire. Non, sa tête est occupée ailleurs. Dans des rêves de liberté, qu’elle n’a pas. Dans les rêves de parole, qu’elle n’a pas. Dans les rêves de justice, elle sent tellement d’injustice dans tout cela. Dans des désirs d’amour, elle aimerait tant être aimée et écoutée et comprise. Et puis dans une interrogation, qu’est ce qu’être redevable ? Est-on redevable de ses parents ? Ce que les parents font pour leurs enfants, ce n’est pas par amour tout simplement ?
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La petite fille a grandi, a mûri. A essuyé bien des tempêtes et des orages.. Elle est devenue adulte… et puis un jour, au détour d’un mail, au sujet d’un échange de mots plus forts les uns que les autres dans lequel elle n’avait même pas pris partie …
V’lan ! Elle l’a retrouvée cette petite fille au cœur serré, silencieuse devant ce qui lui semble être de l’injustice, quand quelqu’un, comme sa mère au tempérament « un peu vif », invective et n’écoute rien.
Elle est toujours là, tapie au fond d’elle, cette petite fille-là. Et le réflexe reste là lui aussi. Se taire ? Fermer la porte ? Boucler la boucle de sa vie sur les mêmes constats, les mêmes échecs, le même silence ?
Elles ont eu lieu les retrouvailles. Elle s’en serait bien passée.
Et pourtant… Le temps a passé. Elle n’a retrouvé en fait que l’ombre de cette petite fille. Elle, aujourd’hui, elle ne se tait plus. Et les personnes en face, même si leurs propos en réveillent d’autres, ne sont pas sa mère. Elle a compris que l’on est redevable de personne. Sauf … de soi-même. Apprendre à s’aimer, savoir s’aimer. Pour mieux écouter les autres, entendre leurs souffrances et les écouter. Le chemin est long… et les cicatrices s’ouvrent encore….
Apprendre. Toujours apprendre.
03 novembre 2005
L'absence
Sujet : l'absence
Je vous propose d'écrire un texte clin d'oeil sur le thème de la douleur de l'absence. Ce peut être l'absence d'une personne, d'un objet, d'un sentiment ou d'un organe, par exemple!
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L'absence
L’absence ! Si je voulais pasticher Raymond Devos j’écrirais…
- Mais ça n’a pas de sens.. c’est un non-sens
- Mais c’est c… ce mot là… enfin abscons
- Mais c’est insensé…. et pourtant si souvent encensé..
Ah oui ! L’absence… non seulement il a fait couler bien des yeux… mais il a fait couler bien de l’encre ce sujet là ! Et des auteurs fameux… Et puis combien de chanteurs nous émeuvent et nous font perler une larme d’émotion… dès qu’ils prononcent ce mot…
Je citerais quelques mots de Reggiani qui je pense sont dans toutes les mémoires..
« C'est un volet qui bat
C'est sur un agenda, la croix
D'un ancien rendez-vous
Où l'on se disait vous
Les vases sont vides
Où l'on mettait les bouquets
Et le miroir prend des rides
Où le passé fait le guet
J'entends le bruit d'un pas
L'absence, la voilà
L'absence
D'un enfant, d'un amour
L'absence est la même
Quand on a dit je t'aime
Un jour...
Le silence est le même »
Ce mot ne peut être que douleur… Des absences, au fur et à mesure des jours, elles sont tombées de mon arbre de vie. Feuilles mortes balayées par les tempêtes. Elles m’ont laissé nue. Plus que nue. Dépouillée. Irrémédiablement. Pleine de trous d’où la vie peu à peu s’exhale goutte à goutte.
L’automne est arrivé, aux portes de l’hiver pourrais-je espérer la renaissance d’une branche, une feuille nouvelle qui viendrait reverdir, me re-donner la vie ? Des croix sur mon agenda de vie, des rendez-vous d’amour, mes vases refleuriront, et les bruits des pas qui résonnent seraient des promesses de bras qui m’enlaceront…
Bien sûr que j’ai tort ! J’aurais dû, au temps de ma jeunesse, me lever haut et crier fort ! Faire des barricades devant l’académie française, qu’on le supprime ce mot là ! Qu’on le raye des mots, et avec lui tous ceux qui nous font souffrir… car bien sûr à « absence » j’aurais ajouté « haine », « violence », « racisme », ….
Mais je n’en ai rien fait, et au fur et à mesure, les absences ont obscurci mon ciel..
Aujourd’hui, je suis à même, comme ô combien de nous, de subir la dernière, l’outrageuse absence .. celle d’Alzeihmer.. elle grignotera peu à peu mes autres absences, mon esprit, mes souvenirs, et me laissera là comme un squelette de feuille complètement transparente, juste quelques nervures, une dentelle qui s’effritera dans le soir couchant.
- Mais ça n’a pas de sens..
- c’est un non-sens…
- Mais c’est c… ce mot là…
- enfin abscons…








