16 décembre 2007
Rêverie
C’est l’aube. Toute alanguie, elle a vu par la fenêtre partir la voiture de son bel ami.
Par tous les moyens, elle a essayé de le retenir. Encore un petit café ? Encore un petit câlin ?
Lui riait. « Mais non ma belle, il faut que j’aille travailler. Je suis déjà en retard. »
« Mais regarde, la journée va être si belle ! Nous pourrions aller nous promener là bas sur la grève ! »
« Attendons dimanche, je te promets la mer, et un monceau de coquillages avec le petit vin blanc frais »
Mille fois, il lui a baisé les doigts, mille fois elle s’est pendue à son cou.
« Encore, encore … » lui disait-elle.
« Nous avons la vie devant nous, et ce soir promis je reviens tôt. »
Alors, après un dernier baiser, elle l’a laissé filé… et là alanguie, elle regarde la voiture s’éloigner… déjà elle ne la voit plus.
Leur CD fétiche égrène ses dernières notes. Ils l’ont écouté et ré-écouté. A satiété.
Les plus belles chansons de Piaf. Ca chante l’amour, ça vous rentre dans la peau… elle en est imprégnée comme de ses caresses, de ses baisers, de son odeur, de son parfum, de ses mots qui lui tournent dans la tête… On s’aimera toujours…. Mon amour… Mon amour…
La vie lui sourit. C’est Lui qu’elle attendait. Elle chantonne, elle exulte, une indescriptible envie de vivre et d’aimer s’empare d’elle.
Vite sous la douche, un shampoing, se faire belle, se parfumer, ranger la maison… acheter des fleurs à foison. Et puis un bon repas comme il aime… Et pourquoi pas du champagne et mettre des bulles dans la fête.
Elle est sous la douche et elle chante à tue-tête ! Les multi-jets massent son corps… elle se sent bien comme elle ne s’est jamais sentie aussi bien.
Le téléphone sonne… une fois, deux fois, trois fois. Le répondeur se déclenche.
Là-bas à quelques kilomètres seulement, un putain de camion vient de briser son rêve.
15 décembre 2007
La tête dans les nuages
La tête dans les nuages, j’ai rêvé.
C’était un rêve tout doux, tout bleu.
Un rêve qu’on a envie de continuer jusqu’à l’aube.
Il y avait des mains ouvertes. Les miennes, sans doute. Tournées vers les autres, mains offertes à l’amitié, à l’amour. J’aime les mains, j’en ai déjà parlé.
Et puis doucettement, un oiseau s’est posé. Oh pas un oiseau très côté, genre colibri avec ses belles ailes bleues. Pas non plus un aigle avec ses serres acérées. Un petit moineau tout gentillet, un petit Piaf de Paris. Mais il piaillait – enfin chantait – mais son chant n’avait rien de celui du rossignol qu’importe !
Je n’osais pas bouger. Pas le moindre vermisseau à lui donner, vous parlez là haut dans les nuages tout juste si j’aurais pu lui donner un peu d’eau. Il m’a chanté l’air de la liberté, des grands espaces, de la maternité, du printemps qui reviendrait c’est sûr. Je l’ai écouté, fascinée.
Et puis soudain.. pfttttt… dans un grand battement d’ailes qui à peine m’a effleuré ma main, un papillon tout léger est venu se déposer. Ses ailes frémissaient encore. Il était blanc comme neige, et si délicat que j’ai coupé mon souffle de peur de le casser.
Je ne l’entendais pas, que celui qui a déjà entendu un papillon chanter ou parler lève la main !
Mais mon petit moineau – qui lui le comprenait – m’a tout raconté.
Il a parlé de l’été. Des grands champs de blé et des coquelicots. Et du souffle léger qui caresse la peau tel un baiser. De la vie éphémère dont il faut profiter. Je l’écoutais, les yeux fermés. J’étais transportée.
Mais le vent s’est levé, et de toutes leurs ailes mon oiseau et mon papillon se sont envolés.
Et moi je suis restée là bêtement.. mes deux mains ouvertes… sur ma couette.
Une poudre blanche au bout de mes doigts et une plume qui me chatouillait le nez.
14 décembre 2007
Au Grand Café
Elle officie au Grand Café.
Oui, le mythique… celui où la caissière est bien mignonne avec son chignon roulé
Enfin était mignonne… car depuis elle a bien vieilli la caissière. Le chignon roulé est toujours là, bien arrimé par des épingles… mais la caissière a pris de l’âge…. Et mignonne elle n’est plus ! Mais elle est toujours aussi efficace ! Son œil aiguisé vérifie les commandes, les additions et elle engrange les sous avec assiduité et professionnalisme. Bien sûr beaucoup de cartes bancaires, mais ici beaucoup règlent en espèces non pas sonnantes et trébuchantes mais en billets bien neufs et craquants… et elle a l’œil, pas besoin de détecteurs de faux billets. D’ailleurs, ce n’est pas le genre des clients de la maison !
Le Grand Café n’a pas changé. Son ambiance reste un haut lieu de ce qu’il y a de plus chic, plus rétro, plus classe du tout Paris. Des plafonds somptueux, des lustres étincelants. Des fauteuils agréables, une douce ambiance musicale du piano bar, un peu jazz. Et les serveurs en grande tenue. Que des hommes bien sûr. Pantalons noirs, chemises blanches et grands tabliers. Le cheveu gominé. Obséquieux à l’extrême. Bref l’endroit chic où il fait bon ton de se montrer et en galante compagnie.
Mais revenons à Elle.
Elle, elle a la classe. Un peu Grace Kelly sur les bords – la classe quoi !
Elle arrive sur le coup de 23 heures, toujours habillée avec élégance. Elle s’accoude au comptoir, fière, hautaine, lointaine… et commande une coupe de champagne. Mais ne vous y fiez pas… son regard aiguisé – tout comme celui de la caissière - scrute les clients du soir … jamais les mêmes ! Toujours du renouvellement !
Ah bien sûr il y a l’incontournable provincial en mal de goguette qui a levé – dans quel tréfonds ? – la cocotte qui se pavane et rit à gorge déployée !
Ce gibier là ne l’intéresse pas !
Et puis il y a les grandes tablées, avec les entrepreneurs qui sortent leurs clients. Ils ont le ventre bien rond et le portefeuille bien garni, elle a souvent jeté son dévolu sur eux. Le champagne coule à flots à ces tables-là, prélude d’une nuit d’orgie. Mais le contrat est là sous leurs coudes et ils guettent dans les yeux de leurs victimes le meilleur moment pour les faire signer. Le beau paraphe qui leur apportera plein de blé.
Elle a repéré déjà deux tablées de son regard acéré.
Mais une autre tablée attire son regard ! Et là, victoire c’est le jackpot de la soirée… Un ministre est là entouré de son aura de fans. Journalistes en mal d’écriture, chanteurs en mal de renommée… vils servants. Tout le monde y est !
Elle exulte. Ne les quitte plus des yeux. Son regard se vrille dans les yeux de l’homme politique. Il sourit. Elle sourit. Bientôt tout le fatras de ses admirateurs disparaît à ses yeux. Cette fille est hypnotique. Il ne voit plus qu’elle. Ne veut plus qu’elle. D’un geste de la main, il l’invite à sa table. Elle dénie gentiment mais dans les yeux de la coquine il voit se profiler tant de paradis… Il rit, trop fort. Il boit, trop. Sa cour se trémousse à chacun de ses bons mots ! Mais Elle, elle reste hiératique, inaccessible étoile qu’il a envie de voir briller dans son firmament. Il est prêt à toutes les folies et elle le sait.
Alors, titubant il vient vers Elle tel un conquérant, et Elle qui se prépare à partir lui glisse discrètement sa carte de visite dans la main. Il est transporté, il est Dieu, rien ne lui résiste.
Elle lui susurre à l’oreille « A bientôt… »
Et Elle part, toujours altière, lui laissant, avec sa grande étole dont Elle s’est enroulée, des rêves pleins la tête et une seule envie la revoir bien vite… Il va abréger sa soirée, renvoyer ces imbéciles… De toutes façons ils sont à sa botte.
Elle est rentrée chez Elle. A défait la jolie robe et a posé l’étole. Elle enlève sa perruque et secoue ses petits cheveux bruns courts qui la rendent si juvénile.
Elle ouvre son ordi portable et envoie un mail à son patron, le chef des renseignements des impôts.
Il sera content… depuis qu’ils cherchaient à le coincer celui-là avec la caisse noire de son parti. Ils savent où le trouver… avant la fin de la nuit, c’est certain il viendra sonner à la porte de l’immeuble bourgeois du XVIe arrondissement.
Bonne fin de nuit, monsieur le Ministre, murmure t’elle avant de s’endormir du sommeil du juste.
13 décembre 2007
Ramer...
Ramer ! Ah ca, je connais !
Non, non je ne suis pas une adepte de l’aviron ….
En voilà déjà un paquet d’années que je rame dans l’imbroglio de ma vie !
Et tire que je te tire, parfois j’ai mal au dos. Les bras sont douloureux et souvent j’ai eu envie de jeter tout, les rames et moi avec !
La vie n’est pas un long fleuve tranquille ! Ce n’est même pas un fleuve du tout !
Ce serait pratique ! Il n’y aurait qu’à se laisser porter pour le courant, éviter les tourbillons, atterrir de temps en temps sur les rivages paisibles.
Non, la vie est un arbre… au début tu n’es qu’une feuille, et puis petit à petit ta vie devient un tronc qu’il est plus difficile de déplacer, faire évoluer, avancer.
On perd tout ce qui est aérien. Bien sûr, sur notre rivage qui s’éloigne des sources, tu laisses de beaux arbres, tes enfants qui à leur tour feront leur chemin de vie. Alors tu es content car les arbres sont déjà beaux, bien implantés, bien droits.
Mais tu laisses aussi sur ta route des arbres morts, desséchés, brûlés, rasés. Ce sont tes amours mortes, tes illusions perdues, tes rêves abandonnés. Tes utopies sacrifiées au quotidien. Tes grands espoirs. Tes croyances. Ta foi.
Depuis longtemps je navigue en solitaire, pas une main aimée pour prendre les pagaies, me relayer.
Il faut avancer. Encore, toujours. Et l’écorce se fait plus dure. Tu t’éloignes du ciel, de la jeunesse. Petit à petit tu t’enfonces. Inexorablement.
Mais tu avances, là-bas, vers la terre profonde, retrouver tes racines. Le voyage va bientôt se terminer, de toutes façons tes forces s’amenuisent. Et puis tu en as tellement marre de ramer.
Alors tu pars en rêve, et d’un seul coup tout s’éclaire. Le soleil se met à briller et tu entends les oiseaux chanter. Tes bras sont à nouveau vigoureux. Ton âme devient légère. Tes bras deviennent des ailes et tel un oiseau tu survoles ta vie, mais tu la vois d’en haut. Tu ne vois plus les embûches, les mauvais moments. Tu retrouves tes rêves d’enfance, tes utopies innocentes, tes amours perdues.
Et tu te dis…. J’ai ramé oui. Encore et encore. Mais qu’elle est belle la Vie !
12 décembre 2007
L'Aquarium
Je ne suis qu’un petit poisson
Mais c’est moi qu’elle a choisi
J’en ai encore le frisson
J’en étais tout cramoisi
Tu n’es qu’un petit poisson
J’aurais pu prendre un scalaire
Ou bien un poisson néon
Un poisson pour me distraire
Elle m’a mis dans un bocal
Elle l’a rempli d’eau claire
Elle m’a appelé Pascal
Ce n’est pas pour me déplaire
Je passe des heures à t’observer
Je te parle doucement
Saurais-je t’apprivoiser ?
Tu es mon amusement
Elle a des yeux couleur de mer
Sa voix me rappelle les hauts fonds
Mais pourquoi suis-je sous verre ?
Et ses cheveux sont si blonds !
Mais je crois que je divague
J’ai tant besoin de passion
Je deviens vraiment foldingue
Amoureuse de mon poisson ?
Ca y est ! J’ai osé !
Sur sa bouche purpurine
J’ai déposé un baiser !
Waouh l’adrénaline !
Mais qu’a-il mon beau poisson ?
Comme une pierre il est tombé !
N’y a t’il pas d’anti-poison ?
Merde ! Il a succombé !
11 décembre 2007
Elle a hissé les voiles....
Elle a hissé le voiles.
Petite fille de pirate, son enfance est émaillée de récits d’abordages, d’îles inconnues, de mers d’azur, de poissons volants. Mais aussi de tempêtes.
Drôle d’hérédité que ce grand’père qui a fini au bagne. Elle en a peu de souvenirs, jamais il ne l’a prise sur ses genoux. Elle en avait peur, un peu, beaucoup.
Celle qui a vraiment marqué son enfance, c’est sa grand-mère. Une mémé comme beaucoup d’enfants auraient aimé avoir. Tendre, parfumée. Un bouquet de fleurs. Son visage était pourtant tout marqué, ridé comme une vieille pomme. Ses yeux d’avoir trop pleuré étaient tout délavés. C’étaient des yeux d’océan, d’avoir trop scruté l’horizon, la peur au ventre. Cette grande mer qui avalait son homme.
Souvent la petite lui demandait… « Comment l’as-tu connu ? Est-ce que tu l’as aimé ? »
Sa grand-mère ne lui répondait jamais, elle élucidait… « mais, c’est l’heure d’aller au lit ma petite ! T’es-tu lavé tes dents ? Tes mains ? Il te faut bien vite aller au lit car demain c’est l’école. Je ne veux pas que tu sois une ignorante comme ton père et tes oncles ! »
Et prestement, une fois au lit, elle venait la border, déposait un baiser doux sur ses paupières. Elle récitait ses prières rituelles appelant la Sainte Vierge, saint Nicolas le patron des marins et la petite ânonnait avec elle.
Mais les prières finies, sa grand-mère sortait de la chambre, laissant la porte entrouverte pour que passe un peu la lumière
Elle luttait, de toutes ses forces elle luttait. Contre le sommeil. Contre ces cauchemars qui allaient l’envahir, elle en était sûre. « A l’abordage !!!!!!!! » La voix tonitruante, le sourire carnassier et l’œil de braise de son grand-père venaient envahir ses nuits. Elle se réveillait en hurlant, la peur au ventre, de grands sanglots la secouaient et les cris s’étouffaient dans sa gorge.
Cela s’était accentué depuis qu’ils avaient appris que le grand-père était mort là-bas. Au bagne. Comme un chien. Alors, dans ses nuits, des crânes hideux avec les orbites vides étaient venus s’ajouter à ses cauchemars. Elle dépérissait. Jamais ne trouverait-elle le repos ?
Sa grand-mère pourtant depuis était plus sereine. Comme si un voile s’était levé. De son jardin où elle laissait une place privilégiée aux fleurs, elle ramenait des bouquets et elle fleurissait la photo du grand-père. De toutes les fleurs, celles qu’elle affectionnait c’étaient les glaïeuls. Ils étaient magnifiques… des roses, des rouges, des jaunes… Leurs corolles colorées étaient une ode à la joie, à la vie, elle, petite bonne femme toujours de noir vêtue.
« Tu vois, petite, ces fleurs sont droites comme un I. C’est comme cela qu’il faut être. »
Et la petite l’aidait dans sa cueillette, choisissait avec elle les plus belles. Elle en emmenait aussi à l’église. A la statue de la Vierge Marie, et à saint Nicolas car son père et ses oncles étaient toujours par mer. Ce n’étaient pas de pirates, non, ils étaient de simples pêcheurs mais allez savoir en mer ? Elle inspectait les caisses au retour, voir s’il n’y avait pas de trésor… non l’argent n’était que le dos des sardines…. Et les paniers n’étaient jamais bien lourds ni remplis…
Son enfance se déroula en demi-teintes : du noir des cauchemars de ses nuits, au rose de la douceur de ses jours, grâce aux bons soins de sa grand’mère.
Elle a hissé les voiles.
Ce matin elle a accompagné sa grand’mère à sa dernière demeure. Elle s’était éteinte doucement, sans mot dire. Son visage s’était lissé d’un coup, comme avec une baguette magique. Comme si toutes les peines, toutes les souffrances s’étaient envolées.
Elle l’a accompagné, et dans le petit cimetière marin elle a déposé sur la butte de terre toute fraîche un immense bouquet de glaïeuls. Des roses, parce que c’est sa couleur préférée.
Elle a fait sa prière à la Vierge Marie, à saint Nicolas.
Pour la première fois de toute sa vie, elle n’a pas fait de cauchemars.
Il y avait une belle goélette toute blanche. Une mer d’un bleu d’azur sans tempête. Elle a pris les glaïeuls, elle en a fait des voiles. L’air s’est embaumé. Des pétales sont tombés, frêles esquifs qui sauveraient des marins en perdition.
Et là-haut dans le ciel, une étoile s’est mise à briller, comme un clin d’œil, un sourire mutin.
Elle a soupiré, versé une larme qui avait goût d’eau de mer.
Un pétale s’est doucement glissé sur ses paupières. Comme un baiser d’autrefois. Elle a senti le parfum…
Et elle s’est endormie.
10 décembre 2007
Auprès de mon arbre
... on marathonne....
J’ai pleuré mon chêne
Comme un gosse idiot
Mon ami le chêne
C’était mon jumeau
Je ne suis qu’un pauv’ garçon
Just’ un simple bûcheron
Qui a déserté l’écol’
Enfilé la camisole
Des pauvr’ tâcherons
A la sold’ d’un patron
Qu’ aime les picaillons
C’ n’est pas un tendron
Mais près de toi mon ami
Moi je partais en voyage
T’étais pas de l’académie
J’n’étais plus au bagne.
Auprès de mon arbre
Je lisais heureux
J’aurais jamais dû
M’éloigner de mon arbre
Auprès de mon arbre
Je lisais heureux
J’aurais jamais dû
Le quitter des yeux
Sous ton ombre dense
Je faisais la paus’
Revivait l’enfance
Jusqu’à l’overdose
De ton écorce déchirée
Tu me sortais des livres
Et moi j’étais tout chaviré
Car toi tu me faisais vivre
De fabuleux voyag’
Au d’là d’ l’horizon
Pas besoin de bagag’
A toutes saisons
Tu m’emmenais sur l’océan
J’me prenais pour un géant
Tu m’emmenais en Amériqu’
Et mêm’ en Afrique.
Auprès de mon arbre
Je lisais heureux
J’aurais jamais dû
M’éloigner de mon arbre
Auprès de mon arbre
Je lisais heureux
J’aurais jamais dû
Le quitter des yeux.
Hier soir un infâme
Qu’a foutu le feu
A brûlé mon âme
Fait pleurer mes yeux
Plus de paus’ sous mon chêne
C’est plus qu’un tas de cendres
Moi j’ai appris la haine
Car je ne peux pas comprendre
Tous ces pyroman’
Tous ces assassins
Avec leur jerrican’
Viles spadassins
Plus de beaux voyages
Il n’y a plus une seul’ page
J’n’irais plus en Amériqu’
Ni mêm’ en Afrique
Auprès de mon arbre
Je lisais heureux
J’aurais jamais dû
M’éloigner de mon arbre
Auprès de mon arbre
Je lisais heureux
J’aurais jamais dû
Le quitter des yeux.
Que Georges qui dort sous son arbre, face à la mer, me pardonne ces quelques vers...
04 juin 2007
23h Texte 10 : apocalyse
Apocalypse
Je me suis réveillée en nage… que se passe t‘il ? Quels sont ces cris ?
Vite, je suis descendue en courant. La ville agonise, elle se meurt. Les sirènes des pompiers mugissent lancinantes dans la nuit.
Partout des enfants pleurent, des femmes crient, des alarmes hurlent.
Ciel de tourmente – La nuit est orange, rouge, un vrai cauchemar.
Je me pince.. Est-ce une vision – les hommes sont-ils devenus fous ?
Fuir… il faut fuir… mais où ? je cours, je me blesse… mes pieds continuent à marcher tout seuls.
Mes enfants. Je ne reverrais pas mes enfants. J’ai pris en passant mon portable ? peine perdue.. une petite musique agaçante me dit qu’il n’y a plus de réseau.
Voilà. Je suis seule. Je suis loin d’eux. Où aller ?
Je me mets à courir… vers quoi ?? vers où ???
Je suis une somnambule. Je marche. Je tombe ? Je me relève.
Il faut marcher. Tu m’entends ? Il FAUT marcher..
Je m’éloigne de la ville. Tout semble chaotique. J’ai du mal à respirer, les poumons me brûlent… mais je marche encore plus vite, encore plus loin
…
Je ne reconnais rien. Je suis perdue dans un désert sans vie où tout semble pierre, désolation, aridité, sécheresse, chaleur, miasmes…
Je marche toujours inlassablement. Jusqu’où ? Jusqu’au bout de moi-même, jusqu’au bout du temps, jusqu’au bout du monde, jusqu’au bout de ma vie ?
Il me semble que je marche depuis des heures et des heures, des jours et des jours.
Je suis fatiguée, épuisée. Et pourtant, un pas devant l’autre, j’avance. Mes jambes sont lourdes, mes mollets aussi durs que les pierres de la route et pourtant... j’avance. Je ne peux pas m’en empêcher... J’avance.
Là- bas, dans le lointain, il me semble deviner une fraicheur… un souffle d’eau qui fait que l’air devient plus léger, plus respirable.
J’en suis sûre.. là-bas au loin… il doit y avoir de l’herbe bien verte, de la mousse tendre qui sera douce à mes pieds .. et je pourrais m’allonger et puis dormir… dormir…
Le ciel change … de noir il devient orangé, des rayons clairs le traversent rayons de lumière, rayons d’espoir...
Je suis au bord du gouffre… et je comprends…
Ils ont tué notre âme, notre cœur, notre humanisme, l’espoir, la liberté.
Tout cela a explosé, mais fume encore…. prêt à être englouti dans les flots et les précipices.
L’humanité aurait un cœur de pierre ?
Réveillez-vous vous qui êtes endormis et avez perdu l’espoir. Nous ne pouvons nous taire, accepter !
Et moi ? ma vie a-t’elle à ce point basculé, mes espoirs sont-ils à ce point enfouis en moi que je ne trouve même plus les mots pour défendre mes idées, mon humour pour contrecarrer les opposants, ma force pour avoir envie de vivre ?
…
Ce n’était qu’un cauchemar… mais parfois la vie se transforme en cauchemar. Cela n’arrive pas qu’aux autres.
Je ne veux pas perdre mon « cœur ». Je veux vivre dans un pays d'humanité.
Je veux me battre. Jusqu’au bout. Je le ferai.
Aujourd'hui.
22h Texte 9 : coucher de soleil
Coucher de soleil
C’est une heure entre chien et loup… plus vraiment jour … pas vraiment nuit.
L’heure redoutée quand on conduit, l’heure redoutée par les malades, ceux qui souffrent, ceux qui ont peur de la nuit qui avance parce qu’elle annoncera l’insomnie, ou réveillera les vieux démons, les vieux cauchemars
C’est une heure qui annonce la fin… d’une journée…. Mais qu’est ce que j’en ai fait de cette journée ?
Et pourtant, c’est l’heure des poètes, l’heure des amoureux qui viennent de se retrouver et qui se réjouissent de la nuit qui les fera s’unir… s’aimer… ces nuits de fête quand on est deux et que l’on s’aime..
Là-bas, en Corse, c’est une heure que je n’aurais manquée sous aucun prétexte…
S’isoler un peu, sur une terrasse, face à la mer.
Merveilleux moment de sérénité et de bonheur pur. Le bleu se transforme en or, tout doucement… chaque instant apporte délicatement la teinte un peu plus orangée, un peu plus soutenue que l’instant précédent.
La mer se décore de scintillements d’argent, prémices des étoiles qui brilleront tout à l’heure.
Même si elle était agitée, elle se calme… comme un enfant que l’on couche et à qui on caresse doucement sur le front.
Le silence se fait impressionnant, les minutes semblent des heures, les heures semblent des secondes. La notion de temps n’existe plus.
Depuis longtemps cormorans et goélands ont arrêté leurs cris, ont regagné leur nid.
Là-bas à l’intérieur de la maison, j’entends les amis qui rient et s’affairent.
Ca y est… le soleil a plongé définitivement. Ne reste que le ciel qui semble encore plus bleu, et la mer qui garde son orangé en souvenir, encore quelque instants..
Moi je garde au fond de moi une cicatrice mal fermée.. un besoin de me confier, un besoin d’une main qui prendrait la mienne, une épaule à laquelle m’appuyer, un baiser que l’on déposerait au coin de mes lèvres…
Demain, il fera jour ! Je me secoue et je retourne vers le « monde » ….
- Tant pis pour vous, vous avez raté le coucher de soleil !
- mais cela ne va rien donner, avec ton appareil !! Tu verras !!»
Rien donner ? ? moi, je ne le trouve pas si mal que ca mon coucher de soleil !!
21h Texte 8 : Plein gaz !!!!!!
Vous connaissez mes rêves de mer… de voyages … de bateau..
Avant qu’il ne soit trop tard… je les concrétise !
Plein gaz sur la Corse…
Ca y est ! C’est parti… voilà des mois que j’en rêvais de ce bateau, de ce voyage.
Pas encore les îles lointaines, non … un petit bout de France en pleine Méditerranée.
Une île sauvage, une île de beauté.
Nous sommes partis de Toulon, il était tôt. Le gros bateau a avalé sa ration de voitures, caravanes, camions… on se gèle ! Nous ne sommes encore qu’en mai.
Vite vite, monter les entreponts, parcourir les coursives… Bêtement, j’ai réservé un fauteuil … mais vous croyez que j’ai envie d’un fauteuil moi ?
Ah non ! J’ai envie de mer, de la plus grande étendue possible autour de moi, de vagues, de vent, d’embruns…
Me voilà tout en haut… c’est vrai que c’est venté ! Et il y a peu de monde. Je mitraille à tour de bras pour conserver le max de souvenirs…
Là-bas… le port de Toulon et toutes les petites barcasses qui me ressemblent à des petites coquilles de noix !
A droite, vers la mer, une tour d’immeuble semble faire le guet de la rade.
Le bateau lance un appel sourd… cela me prend aux tripes. Son congénère (un autre gros bateau jaune) lui répond… Ca remue je ne sais quoi au fond de moi et tout-à-coup… j’ai les yeux mouillés.
Ca y est … ca bouillonne vers le quai, ca tourne… c'est drôle, on ne sent rien du tout…
Là-bas comme un testament nous avons laissé un gros rond dans l’eau… j’aurais bien aimé qu’il soit en forme de cœur.
Je suis comme une gamine, je cours à droite , je cours à gauche… j’ai l’impression que le monde m’appartient !
Le temps se couvre, l’eau prend de drôles de reflet et le ciel des couleurs d’hiver. Mais la mer est d’huile…
Mais il y a trop de vent.. et on nous fait évacuer le pont supérieur.
Je trouve une place avec une jolie vue à l'arrière, je m’installe et je rêve… La mer chasse tout ce qui n’est pas essentiel : il ne reste que la pureté du rêve, l’appel du lointain, l’attente incroyable du voyageur qui scrute dans le lointain..
Qu’importe la durée… je veux rester là, ne plus bouger… peut-être verrais-je les dauphins ? Paraît-il qu’il est fréquent d’en croiser sur la route.
Comme deux enfants, les deux grands bateaux se coursent sur des lignes parallèles…
Notre route croise des petits bateaux de pêche … je les vois tressauter sur les vagues...
Le temps est suspendu. Il n’y a plus d’hier, plus d’aujourd’hui, plus de demain.
Ainsi dérive l’homme sur l’océan de sa vie… je suis un tout petit point. Un tout petit point si minuscule que je me demande même si j’existe ?
Devant moi, le bateau laisse une traîne majestueuse. Tous les bleus de la mer s’y mélangent dans une symphonie éclatante ! C’est d’une beauté à perdre le souffle, je voudrais plonger là dans cette écume et fusionner avec les éléments…
… j’y trouverai sans doute … La verité… Ma vérité… ou bien l’Eternité ?
Clic… Clac… C’est dans la boîte.











