23 novembre 2005
Engluée dans la toile de ma vie...
Engluée dans cette toile
Depuis des mois je me débats..
Les fils invisibles sont si tenaces
Si forts… de quelle matière
Les ais-je tissé que je ne puis
Les rompre enfin…
Les larmes ne sont pas efficaces
Elles amolissent la toile
Me laissant espérer une ouverture
Un cœur enfin libéré
Un cœur enfin léger
Mais à peine les larmes séchées
Le carcan se referme et
M’enserre un peu plus.
J’ai essayé la colère, me débattre
Tempêter, crier, me moquer
Amère dérision, je n’ai fait
Que me briser, ajouter des plaies,
Et la prison de la toile
Jour après jour m’enserre…
J’ai essayé la ruse, faire comme si
Elle n’existait pas la toile de ma vie.
J’ai ri, dansé, aimé, chanté mais
Le soir venu, à l’heure du coucher
Dans la nuit qui tombe
La toile se resserre pire qu’un linceul.
Est-ce mon âme, araignée odieuse
Qui a construit cette toile ?
Est-ce un diable qui pour me punir
D’une quelconque ignominie
Me retient prisonnière
Enchaînée dans ses serres ?
Est ce un dieu qui pour me préserver
A tissé cette toile pour me protéger ?
Qui saura rompre enfin cette toile
Où je suis engluée, saura me délivrer ?
Enfin ouvrir mes ailes
Enfin m’envoler
… découvrir le mot : LIBERTE.
25 octobre 2005
Elle est pas belle la vie ?
J'ai sept ans tout juste...
J'habite dans un petit village, perdu dans la campagne.
C'est mercredi. Le dernier mercredi avant les vacances. Un plaisir ! Il fait beau. Ce matin, je suis allée en classe. Même que cette année... j'arrive bien à lire ! Et que la maîtresse elle m'a fait des compliments !
Cette après'm, j'ai pu faire du cheval. Enfin du poney.. Et oui ! J'ai de la chance - bien plus que des milliers d'enfants dit ma maman - j'ai mon cheval à moi - un poney - un double poney il a dit mon Papa. Enfin, ca ressemble aux chevals de mes soeurs - oui aux chevaux je sais...
Chez nous, c'est cool. On a les animaux qu'on veut. mes deux soeurs et moi, on a aussi chacune nos chiens. La mienne, elle est trop mimi. "Catastrophe" maman elle l'appelle... C'est vrai qu'elle est petite, pas encore un an.. elle a le poil tout doux... mais pas aussi doux que le chinchilla, nous on lui a fait un hamac pour qu'il dorme... Vous avez déjà caressé un chinchilla ?? C'est super doux et marrant... ca ne ressemble pas à une souris.. ni à un lapin... ca ressemble à ... ca ressemble à un chinchilla, na !
On a aussi des poules. Tout plein. Même qu'on mange les oeufs.... qu'on va nous même ramasser. Et puis il y a des oies... toujours par deux elles s'en vont promener...
... Cool ! Halloween arrive... on va mettre les masques et on ira chercher des bonbons... J'adorrrre les bonbons...
Elle est pas belle la vie ?? encore deux jours d'école et....
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Mercredi - 20 h -
La petite fille de 7 ans qui a passé son après midi à jacasser, à rire, à rêver ses vacances est soumise une fois de plus à une crise... Depuis qu'elle a deux ans et demi, de temps en temps, ces crises d'épilepsie la terrassent... fatiguant son petit corps pourtant plein de vie. Ce sera la dernière, cette crise là.
Non, petite fille. Contrairement aux slogans de la pub, "elle est pas toujours belle la vie". Elle est même parfois très courte. Trop courte. Comme la tienne. Et cruelle et injuste quand elle atteint les enfants. Quand les traitements, les docteurs ne savent pas gérer des maladies.. pourtant si classiques.
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Vendredi - 10 h
Au bout d'une route interminable, tout au haut d'une colline légère et verdoyante, une ancienne chapelle se dresse. Pierres ocrées, petit clocheton. On se croirait au bout du monde. Juste trois tombes. Pas un cimetière. Non, juste un lieu privé d'où l'on domine de la vue le magnifique paysage environnant.
Le soleil s'est mis à briller, dans les arbres, juste à côté, les oiseaux chantent. La sérénité qui se dégage de ce lieu est impressionnante.
Le temps s'est arrêté. On ressent seulement le souffle d'un vent léger sur le visage, comme une caresse.
Regardez bien le ciel d'octobre : ce soir, une petite étoile de plus y brille...
17 octobre 2005
Chocs de lettres. Mots écartelés.
VIE.
Ecoutez les lettres. Regardez les. Le V victorieux, heureux, liberateur. Tourné vers le ciel.
Le I bien droit. Bougie à la force vive. Repère à l'horizon. Etre debout.
Le E comme un souffle mis au bout... souffle de la vie. Respiration tranquille.
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VOIE.
Le V devient l'embranchement, quelles routes, quels chemins ?
Le O indique le rond point, la plaque tournante
Le I reste le chemin droit. Celui qui mène à l'horizon, belle route sans détour.
Le E comme le souffle sur la route qui nous pousse doucement.
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VOILE.
Le V s'évapore léger.
Le O renvoie dans l'eau, mille ondes concentriques qui tremblent
Le I est le mât où la voile s'accroche.
Le L donne des ailes au bateau qui cingle.
Le E est la trainée sur l'eau mousse écumante.
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VIOL.
Le V c'est deux jambes écartelées.
Le I est le sexe du mâle, un pal enfoncé.
Le O les larmes qui coulent, l'eau où elle voudrait se laver, se noyer.
Le L est ce lit où elle est baillonée.
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Le E est devenu muet, à vie. Taire l'innommable.
Viol ... il a volé sa vie... il a rogné ses ailes... lui a pris sa liberté... l'a plongée dans un silence d'où il est si dur d'émerger.
Ecoutez ces quatre lettres. En lettres de feu, dans combien de têtes d'enfants résonnent-elles ??
24 septembre 2005
la(r)mes
Elle est là. Sur les lames du parquet. Nue.
Elle a fermé les yeux. Elle a peur.
Il est là, il la regarde. La dévore des yeux.
Visage fermé, un rictus aux lèvres.
Dans ces mains, un éclair, une lueur d'argent.
Une lame..
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Tout à l'heure, elle est rentrée, de sa démarche dansante. Ivre de soleil, de bonheur, du plaisir de ses vingt ans.
Elle a passé l'après-midi, dans cette petite calanque, tout au bout de Marseille. Les rochers blancs, éblouissants à en faire mal aux yeux. Cette eau si bleue dont elle a un peu peur. Du bout du pied, elle a tâté l'eau. Des frissons plein le corps. Comme elle est froide sur sa peau brûlante !
Elle s'est allongée. Elle a abandonné son corps à ce soleil brûlant qui lui chauffe le ventre. L'endroit est désert. Elle a retiré le haut, offert ses seins blancs à l'astre du jour. Elle s'est laissée aller à des rêves érotiques. Ce soleil qui pénètre de ces rayons brûlants. Elle n'est plus à Marseille. Non, elle a franchi la mer, débarqué sur les plages blanches de ces pays si chauds qu'elle n'a jamais vu, à part dans les livres. Elle l'imagine, prince du désert aux yeux de braise. Elle sent son souffle. Elle rêve. Elle ne fait que rêver.
Elle a bravé les interdits. Son amant ne veut pas qu'elle aille à la plage sans lui. Elle ne doit pas s'offrir aux regards des autres, au regard des hommes, aux rayons du soleil. Il veut garder à lui seul son corps d'albâtre, ses seins si blancs, la trace du slip, marques de neige sur son corps caramélisé à la peau blonde.
Elle doit l'attendre.
Elle est là. Si près de la mer dont elle a tant rêvé. Elle la voit depuis ses fenêtres qui donnent sur la corniche. Elle l'appelle cette mer. Ce matin, elle a craqué. Il ne rentrera que ce soir. Elle, elle doit étudier. En attendant qu'il rentre. Les chiffres de son livre de maths dansent devant ses yeux. Ils se transforment en vagues moutonneuses. Elle sent se lever en elle un vent de liberté, qui gonfle son corps, l'invite au voyage. Son âme prend le large.
Elle a osé. Franchir le pas. Marcher vite. Partir le long de cette corniche. Vers la plage où il l'emmène souvent. Plus loin, là-bas vers ces rochers blancs, paysages hors temps où on ne se sent plus en ville. Des automobilistes klaxonnent, vitres baissées, ils sont l'invite à monter, suivre leurs mots ensorceleurs.
Elle ne les écoute pas. Ne les voit pas. De son pas rapide, elle court, elle vole. Les yeux fixés sur la mer. Elle a envie d'étreinte, mais pas celles des hommes. Elle a envie de liberté. La vraie. Elle, la mer, les rochers, le soleil...
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Il est rentré plus tôt. Il la surveille. Sa blonde, comme il l'appelle. Elle semble toujours tellement le fuir, ne pas lui appartenir. Etre ailleurs. Elle est si silencieuse. Elle paraît docile, fragile. mais ce n'est qu'une apparence. Il est sûr de sa force. Il sent sa révolte, latente, à fleur de peau. Il veut prendre ses yeux, dans son regard. Il a beau s'y noyer. Il sent qu'elle lui échappe. Quel mur ? Où est-elle quand elle sourit, -mais sourit-elle vraiment - , où est-elle quand elle dort ? D'où viennent ces tressaillements qui parcourent sa peau ? Pourquoi sursaute-t'elle au moindre bruit.
Son sang ne fait qu'un tour. Elle n'est pas là. Elle lui dit qu'elle ne bouge pas. Qu'elle l'attend. Elle ment. Il le sait. Elle ment.
Vite il a refermé la porte. Il court vers cette plage. Il sait que cela l'attire. Elle va s'être offerte là aux regards des hommes. Il les sent ces regards concupiscents qui s'attardent sur ce corps. Cela le rend fou. Elle est à lui. Rien qu'à lui. Mais derrière ses yeux baissés, son sourire absent, ses silences. Il ne sait pas vraiment...
Il arrive à la plage. La cherche. Il la ramènera à la maison. Et elle verra... il va lui apprendre que les femmes doivent obéir aux hommes.
Il ne la trouve pas... le doute monte en lui, énorme, le balaye comme une grosse vague.
Il retourne d'un pas pesant dans l'appartement. Il va l'attendre. Ses poings se sont crispés. Il va l'attendre...
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Elle arrive, de sa démarche légère. Il est encore tôt. Elle a apprécié cette bulle de liberté. Il ne rentrera pas avant deux heures. Elle va se laver, faire partir de sa peau ce goût de sel que sa peau a retenu. Elle va se remettre dans les livres. Ou préparer un repas, de ces repas qu'il apprécie et dont il lui a montré les recettes sur le vieux livre jaune qui date du début du siècle...
Ses yeux s'habituent à la pénombre de la pièce. Elle tressaille. Il est là. Ses yeux ne la quittent pas...
... Ils ont parlé longtemps. Il a parlé longtemps. Crié. Il l'a secouée. "Où étais-tu ? avec quel homme ?"
Elle est restée muette. "A la plage... " lui a-t'elle répondu ! Cela l'a rendu fou. Il y est allé à la plage ! Les mots qui déjà ne sortent pas ... se sont complètement bloqués au fond de la gorge. Fautive. Elle connaît. Elle se sent toujours fautive. Elle ne sait pas expliquer. Elle ne peut pas expliquer. Elle va attendre que ca passe. Comme sa mère. Quand elle lui fait la morale. Elle attend. Les gens "soupe au lait" ils sont comme ca. Ils n'écoutent pas... ils parlent, ressassent, et ensuite quand ils ont déchargé leur haine (?), rancoeur (?), qu'on s'est bien excusé, qu'ils ont senti qu'on est obéissant, dociles... ils oublient... jusqu'à la prochaine fois.
Il suffit d'être lisse, comme un marbre. Bien sûr les mots la blessent, profondément. Mais eux, ne savent pas.
Après quelques heures... la conversation s'épuise. Elle a réussi à dire par petits mots, les rochers là-bas... La mer. Ce regret. Bien sûr elle n'aurait pas dû y aller... Bien sûr c'est dangereux. Bien sûr. D'accord. Bien sûr. D'accord....
Elle l'a senti se calmer... et puis naître dans le regard le désir de son compagnon. Elle va être docile. Pour lui faire plaisir...
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Il l'a faite allonger par terre. Sur les lames du plancher. Nue.
Elle a fermé les yeux. Elle a peur.
Il est là, il la regarde. La dévore des yeux.
Visage fermé, un rictus aux lèvres.
Dans ces mains, un éclair, une lueur d'argent.
Une lame..
La lame caresse son corps. Elle sent le doux contact froid. Du visage elle a glissé vers les seins. Aréoles douces, il a caressé de la pointe du couteau..
De la pointe du couteau, à peine, il dessine son prénom sur son ventre...
Il regarde le triangle qui l'attire tant... Il l'a sent soumise. Enfin! Elle frémit comme une corde tendue. Il devine son désir. Il est l'homme et va la dominer, la prendre, réduire sa volonté. La rendre obéissante, soumise. Comme une femme quoi !
Derrière ses paupières baissées, les larmes coulent, répondent aux caresses de la lame.
Elle sait qu'elle va le quitter, que cette jalousie au fond du regard de l'homme, n'est pas de l'amour. Même si il lui dit, lui crie. Il a laissé tomber le couteau. Il la couvre de baisers. Il veut l'emmener dans sa jouissance. Elle le regarde prendre son corps, partir sur cette vague...
Elle, elle reste là. Comme sur son rocher, tout à l'heure. Ses larmes chaudes remplacent les rayons du soleil. Ne pas rêver. La vie n'est pas un rêve. quand va t'elle enfin l'accepter ?
14 septembre 2005
des larmes de mots
...."Septembre 2005. Alain Souchon chante « Tant d’angélus… ».
Voilà près de trois mois que j’ai brisé ce silence et que j’offre
des larmes de mots aux lecteurs qui passent."
Hier au soir, Coumarine m'a fait l'honneur et l'amitié de m'inviter chez elle, dans "Petites paroles inutiles"...
Coumarine, c'est une personne extraordinaire - que je connaissais pas il y a quelques mois en arrière - qui m'a donné envie d'écrire, m'a guidée dans ces premiers pas et m'a incité à ouvrir ce blog et à me lancer dans cette fabuleuse aventure. De vrais liens d'amitié peuvent se créer dans le "virtuel" !!
"Petites paroles inutiles" est le nom d'un des blogs de Coumarine.
Croyez moi, les mots que vous trouvez dans cet endroit-là ne sont pas du tout inutiles, et sont en fait un vrai trésor.
A cette occasion, elle m'a donné une image - ou plutôt - des images ... pour que je m'en inspire et que je lui écrive un texte qu'elle a présenté chez elle.
Aux quelques lecteurs qui viendraient chez moi sans être passés par le lien de Coumarine, je vous invite donc à aller découvrir ce texte.
Vous le trouverez en cliquant dans mes blogs favoris sur "Petites paroles inutiles", puis en cliquant sur la catégorie "Mes invités". Ce texte s'intitule "Poupée de cire, poupée de son" (12/09/05).
ou plus simplement en cliquant sur le lien suivant :
http://coumarine.canalblog.com/archives/2005/09/12/800231.html
Et bien sûr, je vous invite chaleureusement à découvrir tous ses textes, liens,.... je vous l'ai dit ! "une vraie caverne d'ali-baba".
10 juillet 2005
Juillet 1965... été de tous les dangers..
Une musique lancinante... consommée jusquà saturation
Juillet 1965.
Depuis le début du mois, je suis seule avec ma grand'mère, seule dans la maison de Saône-et-Loire.
Je suis désespérée. Ma vie est sur des rails. Je m' y sens mal. Je ne voulais pas de ces rails là.
J'ai 23 ans et rien ne va. Je rêve d'amour... Cela semble impossible... A peine amoureuse, les hommes qui me prennent font tomber mes rêves. Je les regarde, je me regarde, absente. Loin de tout. Incapable de cet amour dont j'ai tant besoin et que je rêve désespérement.
Ma vie, je l'avais vu vers un métier médical. Tourné vers les autres. Voilà un an que je suis dans une école d'ingénieur. Bien des matières.. me pèsent. Je déteste en vrac la physique nucléaire, la résistance des matériaux. J'aime l'aéronautique (ah.... voler), et les mathématiques pures et dures, jeu de l'esprit.
J'aurais bien aimé partir en vacances avec des copines que je fréquente depuis cette année.
Mais je n'ai pas le choix. Je dois faire ce que l'on me dit.
Aller dans cette maison que je déteste, lieu de souffrances de mes dix ans...
... J'obtempère et ne dis rien, comme d'habitude. En moi la révolte gronde. Je ne compte pas pour eux, je ne peux rien dire ?
Tant pis. J'agirais. Je vais tirer un trait sur cette vie qui ne m'apporte rien. Un pied de nez au monde. Qu'ils comprennent après. Qu'ils se posent des questions.
Je vais attendre la fin de l'été... ne pas laisser ma grand'mère seule. Début août mes parents vont venir avec mes soeurs. Bien sûr, je ne peux aller ailleurs... C'est une obligation ! Etre tous réunis. On est si bien ici... Vous, oui, moi non. A côté de la salle-à-manger, il faut traverser une première chambre, la "chambre" pour accéder à la deuxième, où je dors avec mes soeurs..
Je ne veux pas leur gâcher leurs vacances... A la fin de l'été... je tire ma révérence..
J'ai emmené avec moi l'adagio d'Albinoni... En boucle, je me laisse emporter par cette musique. La douleur et la nostalgie que je ressens est en osmose avec cette musique. Je m'en soule, je m'en énivre, je m'en drogue... Je suis déjà ailleurs.
Déconnectée du monde, déconnectée de moi-même. J'ai besoin de ma drogue dès le matin. J'imagine les moyens qui vont me permettre de disparaître d'une manière sûre. Pas un accident banal qui pourrait soupconner un accident malheureux. Non que l'on voit que c'est avec détermination et sans raison que je veux partir. Parce que ce monde n'est pas pour moi. Parce que je ne veux pas devenir une vieille conne. Parce que je veux aimer, et que je ne le peux pas. Parce que je ne peux pas faire ce que je veux de ma vie... Je ne vous dirais pas mes dix ans... vous n'avez pas su. Je ne veux pas que ce soit pour cela que je n'ai plus envie de me battre.
Je m'abreuve d'adagio... mes larmes coulent. Mon coeur est sec. Je veux que ca se termine..
Un cousin éloigné vient. Il est attiré par moi, par ma tristesse. Il essaie de me consoler... De caresses en serrements, l'inévitable se produit. Je reste indifférente. Je ne suis plus là. Un copain à lui vient.... Même shéma. Même résultat. Et un troisième. Je les méprise. Ils prennent mon corps. Ils n'ont pas mon coeur, ni ma tête. Je me méprise... dans un peu plus d'un mois. Ma curiosité sera satisfaite. Et je saurais si de l'autre côté le ciel est plus bleu. Ou si c'est le néant... tant mieux plus de question à se poser.
Juillet s'achève. Je suis toujours dans ma folie douce. L'adagio a tellement imprégné mon âme et mon corps que mon souffle en exhale les notes...
Août se passe... péniblement. Vers la fin du mois, je réalise que mes règles ne sont pas venues... Mes seins se gonflent... une serénité s'installe en moi. Je ne sais plus à quand remontent les dernières... J'ai beau essayer d'avoir des repères. Je ne me souviens pas. Tellement détachée du monde, que j'ai perdu tout contact avec la réalité.
Une certitude germe en moi. Si je suis enceinte je ne veux pas mourir. Qu'on ne pense pas que je me suis suicidée parce que j'étais enceinte.
... j'attends un bébé. Il ne sera qu'à moi. Je lui donnerai de l'amour, intarissable. Il m'aimera en retour parce que je serais la plus douce des mères. Je vais me sauver, avec mon secret, avec mon trésor.
Couper les ponts, repartir à zéro...
Depuis les seules fois que j'ai entendu l'adagio d'albinoni... c'était pour des enterrements.
07 juillet 2005
La vie... en boomerang
27 avril 1966 - Paris - Porte Dauphine.
C'est le soir, dans la clinique peu à peu les bruits des visites se sont atténuées, disparaissent. Je suis seule, exclue dans une chambre indépendante. Voilà deux jours que je suis là.. En attente. Sur le quai d'une gare inconnue. Différente. Hors norme. A l'index de la société. Ce dernier mois, mon ventre a pris de l'expansion. Cela se voit que je suis enceinte, grosse.
Voilà presque un mois que je suis revenue en région parisienne. Depuis que mes parents savent mon "état", je n'ai vu que mon père. Il a été décidé que j'accoucherais à Paris. Je reviendrai vivre avec mon bébé chez mes parents, continuerait mes études. Je suis une fille mère, aujourd'hui on appelle cela une mère célibataire.
Je n'ai pas encore revu ma mère, ni mis les pieds chez eux. Arrivée à Paris, je suis recueillie par des amis de ma mère, ils habitent près de la porte Dauphine... d'où le choix de cette clinique. Ils me reçoivent du bout des lèvres, du bout du coeur... ils font cela par charité et me le font sentir. Je suis interdite de sortir dehors, - que diraient les voisins - et je sens qu'ils prient pour mon âme, mais aussi pour que j'accouche le plus vite possible. Je les entend chuchoter dans mon dos. Je me tais, me réfugie dans mes rêves, mes silences.
Depuis que j'ai décidé de garder le bébé, je me raccroche à la vie, je me raccroche à lui. Je veux être digne de lui, le protéger, lui donner tout l'amour du monde, .... et lui saura m'aimer. J'oublie les mois de terreur, de folie, d'autodestruction de l'été dernier. Je suis déjà toute à lui et je le veux tout à moi.
... La soirée avance. Depuis deux jours que je suis là, après ce que j'avais pris pour des contractions - mais qu'est-ce que c'est que les contractions ??? - c'est le calme plat. Sur l'instance des amis qui m'hébergent, la clinique a accepté de me garder dans les lieux. Ils sont soulagés. J'attends. Je suis seule. Les infirmières me négligent et me jettent des regards de mépris. J'attends, tendue vers cet acte incroyable qui va m'arriver : mettre au monde un enfant.
22 H. Premières contractions. Qu'est ce que c'est qu'une contraction ?? Maintenant, je sais. Rien à voir avec les petites coliques des deux jours précédents. Le travail va commencer. Je suis seule. J'ai peur. Est ce que je vais y arriver ??? J'appelle l'infirmière. Lui explique. Elle condescent à bien vouloir m'examiner. Pour elle, ce n'est que le début. Je n'accoucherais pas avant demain soir. Alors autant dormir. Et ne pas l'ennuyer, elle a autre chose à faire.
J'essaie de me calmer. De respirer. Je n'ai pas bénéficié de la préparation à l'accouchement sans douleur. J'arrive les mains nues. Je vais avoir 24 ans dans un mois. Je suis comme une enfant. Ignorante de ces choses de la vie. Terrorisée. Je ne sais pas gérer la douleur - pour un oui pour un non - hop ! dans les pommes... Plus d'abonné au numéro..
Je ne suis pas seule. J'attends un enfant. Je n'ai pas le droit de me laisser aller. Les douleurs s'intensifient. Ce qui nuit au repas que j'ai avalé ... deux heures en avant. Je n'ai pas eu le temps d'aller au toilette... Il y en a partout .... A force de martyriser la sonnette, l'infirmière arrive outrée, furieuse, dégoûtée... Je sens qu'elle me juge comme une pauvre fille sans cervelle... et vraiment avec tout ce qu'il faut pour l'embêter. Elle fait quand même le nécessaire, en maugréant, me morigénant.... Je suis soulagée, parce qu'elle est là... je voudrais qu'elle reste, même si elle est bougon... Elle s'en va, en me disant que ce n'est plus la peine d'appeler jusqu'à demain matin. Qu'elle ne viendra pas. Je la crois.
J'essaie de me calmer, mais bientôt les douleurs me fouaillent le ventre, de plus en plus fort. Mon estomac me joue encore des tours. Je n'ose me lever. Je reste sur ce lit de douleur, les yeux fixés sur le réveil. Il faut que je tienne. Il ne faut pas que je m'évanouisse. Il ne faut pas que j'accouche maintenant. Je pleure. Je crie. Je deviens femme. Femme seule au fond de la jungle. Prise par la douleur. Sans aucune retenue. Je descend au fond de moi dans des profondeurs que je ne connaissais pas. Donner n'importe quoi pour que ca s'arrête. Vendre mon âme au diable pour que je n'aie plus mal ou que les aiguilles de ce fichu réveil annoncent enfin l'aurore.
Le temps se moque de nous. Inexorablement les secondes tombent, insensibles à nos joies comme à nos peines... Et doucement, au compte-gouttes, elles approchent enfin du matin... 6 heures.
... L'entrée de l'infirmière dans la chambre me fait renaître à la vie. Elle est horrifiée. Je suis dans un tel état. J'ai perdu les eaux, je suis sale, le lit un champ de bataille. Dans sa petite tenue fraîche, elle n'ose me toucher. Cent fois, cette nuit là, j'ai cru mourir, et que ce bébé ne verrait pas le jour. Elle constate que je suis beaucoup plus avancée qu'elle ne le l'imaginait.
Je ne suis plus seule. Je me laisse aller. Je n'ai plus de force. Ils ne peuvent plus me laisser mourir, puisqu'ils sont là. Elle me fait mettre debout pour aller en salle de travail. Dans l'ascenseur, je tombe évanouie...
.... Je me réveille, j'arrive à nouveau dans la chambre. Dans un berceau, il est là. Mon fils. Je me penche sur le berceau. Comme il est beau. Un léger duvet si blond qu'il en est blanc, un visage bien plein. Ses yeux azurs de nouveau-né s'entrouvent, ses lèvres se plissent, un début de pleur... et il se rendort. Doucement sur son poing serré je pose mes lèvres. Je souris. C'est mon portrait.
Je suis allongée près de lui. Ma main touche sa main. Nous sommes seuls tous les deux. C'est mon fils, mon amour.
7 H 50. Paris - Porte Dauphine. J'ai donné naissance à Dominique, mon fils. Je lui ai donné la vie... comme un boomerang... il m'a rendu la mienne : je veux vivre car il est là. Jamais je ne l'abandonnerai.
05 juillet 2005
Bleu au coeur... gris le monde
"Le monde est gris le monde est bleu
Et la tristesse brûle mes yeux
Mon cœur est gris mon cœur est bleu
Je ne pourrais pas être heureux
Car je n'ai pas trouvé quelqu'un
Qui me dise je t'aime
Non je n'ai pas trouvé quelqu'un
Qui me dise je t'aime
Le monde est gris le monde est bleu
Et la tendresse berce mes yeux
Mon cœur est gris mon cœur est bleu
L'amour me quitte peu à peu
Car je n'ai pas trouvé quelqu'un
Qui me dise je t'aime
Non je n'ai pas trouvé quelqu'un
Qui me dise je t'aime
Le monde est gris le monde est bleu
La neige tombe sur mes yeux
Mon cœur est gris mon cœur est bleu
C'est donc si dur de vivre à deux
Car je n'ai pas trouvé quelqu'un
Qui me dise je t'aime
Non je n'ai pas trouvé quelqu'un
Qui me dise je t'aime
Non je n'ai pas trouvé quelqu'un
Qui me dise je t'aime"
Eric Charden
Il est des couleurs qu'on aime. J'aime le bleu. A outrance. Bleu comme le ciel d'été. Bleue comme la mer dans toutes ses nuances. J'aime tous les bleus.
Celui plein de douceur comme le bleu azur, juste strié par le blanc des mouettes. Le bleu lavande, couleur parfumée de ma Provence dans ses petits sachets de dentelle. Le bleu outremer, profond comme l'océan où l'on pourrait se noyer. Le bleu ardoise, comme mes yeux, un bleu presque gris qui fonce sous le ciel d'orage.
Bleu turquoise, comme les lagons des îles où l'on rêve d'en être la sirène. Bleu cobalt, bleu au reflet d'acier. Bleu indigo, couleur du désert aux reflets violacés des couchers de soleil. Bleu émeraude, couleur des pierres précieuses. Bleu saphir, aux transparences suaves...
Et puis le ciel s'éteint. Tout devient gris.
Le gris qui s'étale comme la cendre. Le gris du deuil, du demi-deuil, pas celui qu'on porte quand on est de la famille... celui que l'on porte juste "entre amis".
La lumière n'est plus là, le soleil non plus. La terre, la vie a perdu ses reliefs. Le clair-obscur envahit tout. L'heure du loup.
Les pensées tristes remontent dans la tête. Le coeur se souvient de tous les abandons. Indélébiles blessures, cicatrices rosées qui ont marqué à jamais notre âme.
Le loup ne vient pas seul. Les remords sont là, crocs en avant, tenailles dans la chair. Qu'as-tu ne pas savoir su faire ? Ne pas savoir dire ?
Derrière le loup, l'injustice est là. Spectre immense, qui recouvre la terre. Qui musèle le rêve. Qui fait échouer les envies de jardins luxuriants pleins de création, de beauté, d'imagination.. d'amitié et d'amour.
L'injustice qui fait que toujours "les cons" sont dominants... qu'il faut se taire... ne rien dire... répondre au dickdat de cette masse gluante empêtrée dans sa bêtise et son ineptie.
Et partir. Abandonner ses rêves. Tomber les armes. Se rendre. Ne même plus avoir envie de lutter.
Mon coeur et mon âme ont un bleu supplémentaire ce matin...
Le monde est gris.
Il me reste un seul mot. Un nouveau mot que je n'avais pas il y a quelques mois. Ce mot c'est "bleue"... ce n'est plus une couleur. C'est une présence, des poèmes, une âme sensible, passionnée, entière. Une femme que le hasard m'a fait rencontrer. Ce mot, je le fais mien et je ne l'oublierai pas.
Il sera indissociablement uni au bleu que j'aime, à celui du ciel d'été, à l'azur éthéré où mon coeur lourd aimerait savoir décoller.
02 juillet 2005
Il y avait un jardin qu'on appelait la terre...
"C'est une chanson pour les enfants
Qui naissent et qui vivent entre l'acier
Et le bitume entre le béton et l'asphalte
Et qui ne sauront peut-être jamais
Que la terre était un jardin
Il y avait un jardin qu'on appelait la terre
Il brillait au soleil comme un fruit défendu
Non ce n'était pas le paradis ni l'enfer
Ni rien de déjà vu ou déjà entendu
Il y avait un jardin une maison des arbres
Avec un lit de mousse pour y faire l'amour
Et un petit ruisseau roulant sans une vague
Venait le rafraîchir et poursuivait son cours.
Il y avait un jardin grand comme une vallée
On pouvait s'y nourrir à toutes les saisons
Sur la terre brûlante ou sur l'herbe gelée
Et découvrir des fleurs qui n'avaient pas de nom.
Il y avait un jardin qu'on appelait la terre
Il était assez grand pour des milliers d'enfants
Il était habité jadis par nos grands-pères
Qui le tenaient eux-mêmes de leurs grands-parents.
Où est-il ce jardin où nous aurions pu naître
Où nous aurions pu vivre insouciants et nus,
Où est cette maison toutes portes ouvertes
Que je cherche encore et que je ne trouve plus." Georges Moustaki.
L'été est là... Le coeur serré, le souffle court,... j'écoute le présentateur du JT égrener les nouvelles du front...
650 hectares brûlés, près de Lançon de Provence. Lotissements cernés par les flammes. Images de mères stressées enfournant leurs enfants dans les voitures, regard apeurés, cheveux balayant leurs visages. Images vrombissantes des canadair rase-motte, bourdons sauveteurs de nos villages provencaux. Tout est là. Immuable. Eté après été. Année après année. Eternel recommencement de la folie des hommes. Seule, l'odeur âcre de la fumée ne sait traverser l'écran. Il n'en ait pas besoin. Mes yeux piquent déjà. Larmes de rage des lendemains de feux, quand la colline, fumante encore, désole votre regard à perte de vue. C'est une route quotidienne. Durant des mois, mon coeur saignera en traversant ces lieux deux fois par jour... Rouge sang, rouge feu, cendres grises, Provence perdue, éternelle proie des incendiaires fous furieux...
Il y avait un jardin qu'on appelait la Terre...
Août 1978. La chaleur des derniers jours fait chanter les cigales autour de la maison. Lempdy, colley à la robe majestueuse, soupire allongé sur le carrelage frais, en cette fin d'après-midi. Comtesse, siamoise malicieuse, le fixe de son regard énigmatique. Du jardin elle a ramené un trophée : un beau lézard vert, cadeau ignoré. Maîtresse fâchée. Maître amusé... Bizarre, ces hommes ? Comment les comprendre ? D'une démarche hiératique, en reine offensée... elle part se coucher sur le lit de ma fille...
Un souffle d'air se lève.. Ouf, on va mieux respirer... Demain dimanche, grasse matinée. Les enfants en vacances chez les grand-parents... on va traîner, voir des copains, flâner... Qu'on est bien en Provence, à cinq heures en été...
Dès l'aube, ce matin les canadair ont commencé leurs folles norias... Le feu ??? Où ?? A un kilomètre du village, c'est le départ des collines qui mènent vers Aurons, Vernègues puis la plaine de la Durance, un haut plateau où il y a peu de routes. Rochers, pins, garrigue...
Nous filons au bout du lotissement. Le feu semble tout près. Si loin. Un immense champ nous sépare des collines... Toute la journée, impuissants, nous regardons les collines lentement être blessées... La fumée ne vient pas vers nous. Nous avons le coeur serré... à la radio, on entend les nouvelles laconiques tomber... un foyer, deux foyers, ... dix foyers. Vers Istres, vers Aubagne, vers Cassis, ... Le moyens en renfort arrivent des départements voisins. Les moyens sont divisés... là-bas dans la colline, les canadair sont moins nombreux à faire la noria... Il n'y a ici aucune villa en danger. Pas de vie humaines à protéger. Seuls à brûler, les grands pins... et tous les petits habitants à quatre pattes et à deux ailes qui se sont vite sauvés pour quelques uns à la première alarme. Nous ne quittons pas notre poste de guet. Le vent a redoublé ses efforts. Il est tellement froid que l'on va se couvrir..
Le soir tombe peu à peu. Signe d'apaisement ??? Le mistral répond à l'inexorale 1 - 3 - 6 - 9 ... ces chiffres représentent le nombre de jours où il dure... sans s'apaiser. Les canadairs se sont tus. La nuit est au feu, aux dieux ou plutôt à l'enfer. Petit ange protecteur où es-tu ?
Ca ne sera pas un jour. Le vent fait toujours rage. Le spectacle dantesque. Le feu grignote l'horizon. Les collines une à une s'embrasent, comme si un invisible malin allumait les lanternes là-bas dans le lointain..
Il est une heure du matin. Nous nous résignons à aller nous coucher, demain il faut aller travailler. Je tombe dans un sommeil sans rêve... ou bien je rêve de jardin bien verts ?
Des cris me tirent du sommeil, le coeur en chamade je me lève. Il y a plein de fumée. Des flammèches traversent le ciel, les arbres. Le lotissement est tombé dans la folie. Nous ne sommes pas sur le trajet du vent... pourquoi ?
Vite, vite, les animaux à récupérer... partir, se sauver, qu'emporter... Je tourne en rond, prisonnière pris au piège, l'esprit n'est plus qu'instinct. Instinct de survie. De fuite.
- Prends les affaires, on file, me crie mon mari.
Je suis hébétée... quoi prendre... En vitesse, sans réflexion je prends la "boîte" à papiers importants, les albums photos.. tous, une poupée à ma fille, une peluche de mon fils... Un dernier coup d'oeil, le chien et la chatte sont bien là.. offensés, indignés... On sort du lotissement et on file au village.
Ouf ! En sécurité... Le coeur s'apaise, les ombres de la nuit disparaissent..
Le lendemain matin, au retour, les arbres sont là, intacts, juste quelques petites branchettes calcinées rappellent les flammèches de cette nuit.
La maison aussi est intacte. On ouvre les volets. Une épaisse couche de cendres y est amassée.. La maison sent le feu... cette odeur restera imprégnée, tenace des semaines.
On ouvre le coffre.. sous les albums photos que j'avais sauvegardés... tous nos manteaux d'hiver sont là amoncelés. Sauvés par mon mari...
Nous avons eu de la chance. Quelque part, en Provence ce matin-là, des gens désepérés regardent leur jardin dévasté, anéanti. Leurs rêves brisés. Des mères, des épouses pleurent les soldats du feu qui se sont fait cerner. La Provence est consternée, meurtrie. La nature est en deuil pour des mois, parure de linceul noire et grise..
Quelque part, dans son salon, les yeux rivés sur son écran de télévision, un homme se nourrit de ces drames. Il attend le prochain jour de Mistral pour nourrir son rêve.
Il était un jardin qu'on appelait la Terrre...
30 juin 2005
Des photos... des souvenirs...
La magie des mots, le choc des photos.
Ce matin, en lisant tranquillement un forum dont je suis régulièrement quelques sujets... un choc.
Photo de cette jetée tranquille de ce port landais, où il y a déjà une quinzaine de jours...
Projection dans le temps. Je me revois trébuchant sur ces lattes mal jointes...
L'aube était naissante. Et ce bateau... déjà présent.
Sans doute cette photo a t'elle été prise le même jour ? Quand l'aube dissipée, le soleil bien haut, des milliers d'estivants ont envahi la plage... Les vendeurs de beignet masquent l'odeur de l'iode par l'odeur de friture. Les cris des enfants sur la plage ont remplacé mes cris..
Plus de deux semaines déjà. Je ne suis pas retournée à la mer. J'en ressens l'appel. Mais je me sens si vulnérable, seule... jamais le besoin d'une main dans la mienne, d'une épaule où m'appuyer, d'une oreille qui m'écoute, d'une caresse qui m'apaise a été aussi violent.
Il faudra que j'aille au-delà. Que je refasse un pas, puis un autre. Encore et toujours.
Je suis si fatiguée. A quand ce rivage... à l'abri des tempêtes ?












